DON'T LOOK UP (clockwise) MERYL STREEP as PRESIDENT JANIE ORLEAN, LONNIE FARMER as AIDE #1, JENNIFER LAWRENCE as KATE DIBIASKY, LEONARDO DICAPRIO as DR. RANDALL MINDY, ROB MORGAN as DR. CLAYTON “TEDDY” OGLETHROPE, JONAH HILL as JASON ORLEAN, RICHARD DONELLY as AIDE #2 Cr. NIKO TAVERNISE/NETFLIX © 2021

Don’t look up, l’anti-dystopie ? 

En reprenant à rebrousse-poil toutes les dystopies qui nous parlent de sauver l’Humanité, Don’t look up initie-t-il un virage dans le genre ?

Certains me diront que je parle quand même pas mal d’œuvres qui ne sont « pas trop » des dystopies. Peut-être. Cependant, il y a toujours des fils à tirer pour créer un tableau dans son ensemble. Au-delà des histoires, ce que j’aime dans les dystopies, c’est qu’elles sont le reflet des préoccupations de leur temps. Et Don’t look up est au top niveau critique acerbe de notre société. Sauf que, d’ordinaire, quand la planète est en péril, les dystopies imaginent mille façons de sauver un échantillon d’Humains. Envoyer des embryons ou des colons congelés dans l’espace, dépêcher des fusées vers une arche, enfermer les gens dans des bunkers ou des silos, se réfugier dans le métro… bref, ce qui compte, c’est de conserver un peu d’humanité. Sauf dans Don’t look up

Don't look up sur Netflix

Une comète fonce sur nous !

Alors l’histoire, pour les trois du fond qui n’en auraient pas entendu parler. Deux scientifiques du Michigan découvrent une comète qui fonce droit sur la Terre. Collision inévitable et la comète est trop grosse pour espérer que quelqu’un puisse survivre. Nouvelle dramatique reçue avec une relative indifférence par la Présidence américaine. La course contre la montre est lancée. Moult péripéties que je ne vous narrerai pas. Parce que je fais partie du public conquis et j’espère qu’à la fin de cet article, vous aurez envie de le voir. 

Don't look up

Une crétinerie… fortement réaliste

Au fur et à mesure du film, j’ai pensé très fort à une autre dystopie : Idiocracy. Sauf qu’ici, on n’est pas dans le credo du « le futur sera stupide », c’est une caricature à peine exagérée. Meryl Streep et Jonah Hill, ce sont Donald et Ivanka Trump. Quant au star system sarcastique décrit dans le film…  je suis pas une fana des talk shows américains mais le peu que j’ai pu en voir, c’est exactement ça. Le grand déballage des sentiments en direct à l’antenne, sans filtre et sans pudeur. La scène où Ariana Grande joue la popstar qui se rabiboche en direct avec son mec et qu’il la demande en mariage, est-ce plus surréaliste que Tom Cruise qui saute sur un canapé pour clamer son amour ? Seul élément d’anticipation, c’est le nouveau téléphone de la société Bash qui sait tout sur vous, y compris l’heure et la raison de votre mort. Par contre, le patron, c’est 100% Elon Musk ou Jeff Bezos ou Steve Job, voyez le genre. Là encore, ça m’a fait penser à une autre dystopie, The circle. Sauf que là, c’est drôle. Et à peine anticipé finalement au vu de tous les appareils qui contrôlent en permanence notre biométrie. Mon téléphone, il compte déjà mes pas sans que je lui demande… 

Don't look up : une comédie acide

Une nouvelle ère dystopique ?

En fait, malgré son aspect sarcastique, je ne peux m’empêcher de voir en Don’t look up les prémices d’un nouveau genre dystopique. Depuis 20 ans, nous avons droit à ces récits de sauvetage d’un échantillon de l’humanité coûte que coûte. On nous parle de l’éminence d’un cataclysme, d’un virus ultra mortel ou toujours de trucs qui viennent de l’espace pour nous pulvériser. Parfois une petite bombe atomique même si, aujourd’hui, je trouve ça un peu anachronique. Au point que ça m’avait un peu perturbée au début de Silo. Bref, beaucoup de dystopies qui imaginent une humanité en fin de vie s’interroge sur comment la sauver. Ce qui est très peu le cas dans Don’t look up. D’abord parce qu’il y a une confiance inouïe en la technologie. Comme dans Snowpiercer : la technologie va nous sauver, faut pas s’en faire. 

Leonardo di Caprio et Jennifer Lawrence dans Don't look up

Mais surtout tout le cynisme de Don’t look up est dans l’attitude ultracapitaliste des Puissants. C’est vraiment ce côté « humans of late capitalism » qui me semble constituer ce virage de la dystopie dont je parle. Dans Don’t look up, les bonnes décisions ne sont pas prises ou trop tardivement pour de basses raisons capitalistes. Faire du pognon autant que possible. Une très belle métaphore de notre époque. Plus le consensus scientifique autour du réchauffement climatique nous exhorte à ralentir, plus on appuie sur l’accélérateur. Le cinéma des années 2000 nous racontait que quoi qu’il arrive, le pouvoir aux commandes nous sauverait. Même que le Président monterait dans un avion de chasse pour botter le cul d’extraterrestres hostiles. Certes, Independence Day n’est en aucun cas une dystopie mais il est, pour moi, la quintessence du pouvoir fort qui sauvera les innocents citoyens. Enfin, ceux qui ont survécu. Don’t look up nous raconte précisément l’inverse. 

Bill Pullman dans Independence Day

Je veux des fictions sur des dirigeants aux fraises

J’ai envie de croire que c’est la porte ouverte à ce type de fictions. J’aime les histoires de résistance à la folie. J’ai même écrit un roman tournant autour de ça. Mais les résistants dans les dystopies luttent soit contre un pouvoir hypercontrôlant et manipulateur, soit dans une logique Hégélienne de confrontation des classes. Ou juste parce que le monde est devenu bien absurde et que les Humains ne sont plus si humains. Je n’ai pas l’impression qu’il existe des dystopies où la Résistance lutte contre un pouvoir qui met en danger ses propres citoyens par son incompétence ou ses mauvaises décisions. Le seul que je vois où la fin du monde est provoquée par la cupidité humaine, c’est le Dernier voyage. Quand je vous dis qu’il y a comme une tendance qui se dessine. En tout cas, si vous connaissez ce genre d’œuvres, venez vite me voir en commentaires. 

Don't look up, la fin du monde

Un film à voir et puis c’est tout

Bref, Don’t look up n’est pas une dystopie mais il pique tant d’ingrédients à celles-ci qu’il a sa place sur ce blog. Et puis je suis rarement emballée par un film donc quand je le suis, je ne peux m’empêcher de le recommander. Passé la première demi-heure qui m’a agacée car je trouvais que c’était too much, le reste est un pur délice de cynisme. On a quand même Ariana Grande qui fait des harmonies sur le fait qu’on va tous crever déguisée en comète. Vraiment, merci à la personne qui a imaginé cette scène. Ça nous permet de bien rigoler en attendant le grand cataclysme. 

Ariana Grande déguisée en comète

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