Night Raiders, la dystopie qui chasse les enfants

Dans une Amérique du Nord ravagée par la guerre, les enfants sont réquisitionnés par l’Etat. Night Raiders est une dystopie métaphorique

La dystopie peut avoir plusieurs fonctions. Souvent, il y a une volonté de prévenir des dérives que l’on perçoit dans notre société actuelle. Parfois, juste l’envie de raconter une aventure. Mais la dystopie peut aussi servir d’analogie,  raconter une vraie histoire en la travestissant un peu. Et c’est précisément le cas de Night Raiders, une dystopie canadienne réalisée par Danis Goulet, une femme autochtone. Elle s’est inspirée de différents drames vécus par les autochtones Canadiens pour écrire son histoire. Et un peu des Fils de l’Homme de Cuaron, selon elle. C’est parti !

Night Raiders : Niska et Waseese

Des enfants confisqués

Dans un futur proche, une guerre a ravagé l’Amérique du Nord et les enfants sont désormais la propriété de l’Etat. Ils sont enfermés dans des académies qui vont les élever. Enfin, dresser, plutôt. Niska, une femme autochtone, fuit avec sa fille Waseese. Mais celle-ci étant lourdement blessée à la jambe, Niska décide de la laisser se faire capturer pour qu’elle puisse obtenir les soins dont elle a besoin. Quelques mois plus tard, Niska fait la connaissance d’un groupe de résistants de la tribu Cris dont elle est originaire. Ensemble, ils vont prendre d’assaut l’académie dans laquelle est enfermée Waseese pour la libérer.

Niska part sauver sa fille

Une réécriture de l’histoire des Premières Nations au Canada

Si vous suivez un peu l’actualité canadienne, vous avez sans doute connaissance des pensionnats pour autochtones. Notamment via un scandale très récents où une centaine dépouilles d’enfants ont été retrouvés  sous un de ces pensionnats. Il faut dire que l’Histoire des Premières Nations est douloureuse. Et les relations entre le Canada et elles sont loin d’être apaisées. Ici le parallèle est sybillin. Les enfants sont « rééduqués », Waseese est renommée Victoria et les enfants sont dressés à servir fidèlement leur pays. Les enfants oublient alors leurs origines pour devenir de parfaits soldats comme l’apprendra Roberta, une amie de Niska qui lui vantait les vertus des académies qui prennent bien soin des enfants.

Roberta essaie d'aider Niska

Passion drone

Au-delà de ce parallèle, on retrouve pas mal d’éléments typiquement dystopiques. Déjà, nos amis les drones. Il faut que je me remette à écrire des articles un peu génériques sur les dystopies et en faire un spécifiquement sur les drones qui ont envahi les dystopies depuis quelques années. Ici, ce n’est cependant pas uniquement un accessoire puisqu’ils auront un rôle important vers la fin du film. 

Les drones de Night raiders

Car tu es l’élue !

Autre point assez classique : le groupe de Résistants avec ici, le supplément « tu étais l’Elue que nous attendions« . Car Niska semble correspondre au portrait de l’Elue d’une vague prophétie. Les Résistants vont un peu se chamailler sur son cas : ils hésitent à l’intégrer dans leur clan et aller sauver sa fille. Elle-même hésite de toute façon à les rejoindre. Si elle est déterminée à libérer sa fille, elle ne veut pas le faire n’importe comment.

Niska est l'Elue !

Une société franchement fasciste

Et puis il y a l’Académie qui permet de mesurer toute la fascisation de la société avec des enfants dressés pour défendre leur mère Patrie coûte que coûte et qui n’a aucune difficulté à blesser ou tuer, comme nous le montrera quelques scènes. On leur fait répéter des mantras nationalistes en boucle pour que ça rentre, on leur apprend à se battre et à manier les armes. Le tout dans un environnement gris béton. Parce que tout au long du film dégouline une sensation de désespoir. Il ne semble y avoir d’issue pour personne. Niska se bat avec ses remords, Waseese-Victoria se laisse peu à peu contaminer par l’idéologie de l’Académie, meilleure façon de survivre en milieu hostile.

Le néo-fascisme dans Night Raiders

De bons ingrédients pour un film intrigant

Nous avions ici tous les ingrédients pour une dystopie dure et désespérée avec ce concept original des enfants capturés par l’Etat. Une dystopie éminemment politique car elle racontait à mots couverts la colonisation des Premières Nations par l’Etat Canadien, un sujet qui ne nous est pas particulièrement familier en France. On a une histoire douloureuse de la colonisation mais elle est différente. Sur le papier, c’est toujours intéressant de choisir le médium dystopique pour raconter une histoire douloureuse comme l’apartheid ou tout ce qui touche les camps de concentration, les déportations de population… Et je me suis lancée dans ce film avec un réel intérêt et certaines attentes. Trop peut-être…

Waseese dans Night Raiders

Mais un film où il ne se passe pas grand chose

Car le film est mou. Vraiment, c’est assez ennuyeux. Niska n’est pas particulièrement attachante et sa façon d’abandonner sa fille, même si on la comprend, est mal gérée. Les volte-faces de Waseese-Victoria semblent plus dicter par les besoins du scénario que par la réelle construction d’une personnalité et les atermoiements de Niska et du groupe de résistants n’apporte pas grand chose. Sans parler du final mystique qui n’a pas beaucoup de sens selon moi. Et vraiment, je déteste quand un film a un tel potentiel et le gâche. J’aurais aimé en savoir plus sur l’Académie et cet Etat totalitaire qui semble en guerre mais contre qui et pourquoi ? Les gens vivent dans des ruines tandis que leurs gosses sont collectés pour devenir une armée mais… Je n’ai pas la sensation que la guerre se poursuit. Le seul danger, ce sont clairement les drones de l’Etat. Alors oui, on peut tout à fait imaginer un Etat paranoïaque en total repli sur lui-même qui se prépare au pire alors que personne ne se prépare à l’attaquer mais ce n’est pas la sensation que j’ai eue. Je comprends la volonté de la réalisatrice mais le film est terriblement plat.

Les autochtones Cris dans Night Raiders

Mais un cinéma qu’on a envie de voir plus souvent

Cependant, je vais finir sur une note positive. Peut-être parce que c’est bientôt Noël. Si ce film est plutôt plat et long, je me réjouis cependant de voir la dystopie prise en main par des populations à qui on laisse généralement peu d’espace pour raconter une histoire. Leur histoire. Je ne suis pas certaine que Night Raiders ait un impact sur la prise de conscience de ce qu’ont vécu les Premières Nations en étant intégrées de gré ou de force au Canada. Enfin ce que vivent les Premières Nations car ça reste un sujet douloureux. Cependant, ce fait que ce film existe comme la dystopie Black Friday qui ne met en scène que des personnages noirs et leur intégration plus ou moins compliquée aux Etats-Unis. Peut-être Té Mawon de Michaël Roch que je n’ai pas encore lu. Je trouve encourageant que des personnes qui ont peu voie au chapitre utilisent ce biais pour raconter une histoire qui a du mal à se faire entendre. Night Raiders était mou mais ça reste un premier film et j’espère que le second sera plus abouti.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *