Brèche, l’utopie écolo-féministe

Dans Brèche, une petite communauté d’un quartier HLM survit tant bien que mal grâce à la solidarité et sa petite agriculture.

Et pourquoi pas ? Pour trouver les dystopies dont je vous parle, j’ai plusieurs sources. Les plateformes de vidéo en ligne qui me permettent de voir certains films ou série, le cinéma ou… Ma bibliothèque municipale. Le rayon SF est assez bien garni et je trouve régulièrement quelques titres prometteurs. Comme Brèche de Li-Cam. L’histoire d’une survie post-effondrement dans une cité HLM de banlieue.

L’histoire. Dans un futur pas si lointain, la société est divisée en deux entre les nantis, dit “les ogres” qui vivent dans une sorte d’opulence technologique, et le reste de la population qui survit grâce à la débrouille. On va suivre le parcours de Bella, enseignante d’histoire qui perd un peu la tête, Walter, un scientifique qui essaie d’entrer en communication avec une IA, et Nati, une jeune fille un peu journaliste sur les bords. Bella et Nati vivent dans le quartier “Maisons-neuves” qui a su plus ou moins s’adapter à la situation. Elles représentent deux bornes d’une vie : entre celle qui a vécu l’effondrement et celle qui se demande ce que pourra être son avenir. 

Le bosco, les HLM du futur

Brèche est assez confus et pendant une partie du roman, on se demande bien où ça va. On assiste plus à la description d’une société solidaire installée dans un quartier HLM qu’autre chose. Avec quelques intermèdes sur Walter, le scientifique pas très sympathique de prime abord. Le contraste entre ces deux univers, celui du HLM et du labo, fait que, parfois, on a l’impression de ne plus lire le même roman. L’écart entre Bella, ancienne professeure désoeuvrée qui perd un peu la boule, et Nati qui parle “djeunz”, mais un langage typique de ce roman, on a du mal à recoller les morceaux. Est-ce que je lis un roman ou une expérience littéraire ?

Une tenture murale psychédélique et flippante
Y a vraiment des gens qui accrochent ce genre de tenture dans leur chambre ?

Mais Brèche nous offre pas mal d’ingrédients déjà croisés dans les dystopies. Déjà, le langage atypique de Nati. Qui ne crée aucune difficulté de compréhension en soi, je vous rassure. Les langages qui ont évolué, on a déjà croisé ça dans Orange Mécanique ou Cloud Atlas (partie Zachry). Et c’est une façon plutôt subtile de souligner quelques évolutions de la société sans entrer dans les détails. Car le langage de Nati est féminisé, elle parle des “gentes”, par exemple. Tout est passé au féminin, un peu comme dans la langue créée par Typhaine D. Nati vivant en “partenariat domestique flou”, je dirais, avec une de ses camarades, j’ai cru un instant qu’elle vivait dans une société exclusivement féminine, peut-être après la disparition des hommes. Comme dans Chroniques au pays des mères, Y, the last man, Zérostérone… Mais non. Elle vit au même endroit que Bella, qui a un compagnon, et elle va vite croiser des hommes.

Un gang de jeunes filles dans la cité

La féminisation de la société n’est pas écrite et explicitée de manière bourrine. On va découvrir que la communauté est pilotée par une sorte de matriarche, Sibi. Les figures féminines gravitant dans cet univers sont assez nombreuses. On a Rivière, une sorte d’influenceuse politique qui réalise de nombreuses vidéos pour dénoncer “les Ogres”, ces milliardaires qui ont conduit à l’effondrement mais continuent de vivre leur belle vie dans leur villa bien protégée. Ca aussi, les Riches qui vivent à l’abri, c’est un grand classique. On pense à Elysium qui est l’exemple le plus littéral ou Réminiscence. Une réalité aussi qu’on a pu éprouver cet été quand les moins lotis ont cuit à la vapeur dans leur passoire thermique. N’en déplaise à Yann Barthès. Bella et Nati vont également avoir une importance dans le récit. L’intelligence incarnée à laquelle Walter essaie de se connecter prend l’apparence d’une femme. Et Walter, seul protagoniste masculin principal, est gay et entouré de femmes. 

Personnification de l'intelligence artificielle

A propos de Walter, parlons un peu de son procédé pour aller parler à des intelligences artificielles. Ce point est un peu flou, il se promène dans des univers virtuels en espérant trouver une intelligence artificielle en se plaçant une sorte de filet neuronal sur la tête. Tous les passages de Walter m’ont évidemment évoqué quelques oeuvres cyberpunk comme Le Neuromancien, La cité des Permutants ou encore Toxoplasma où l’univers virtuel est appelé “La grille”. A noter que l’intelligence artificielle trouvée par Walter ne le considère pas vraiment alors qu’elle accueille Bella quelques temps plus tard avec les bras grands ouverts. Et que veut cette intelligence artificielle ? Sauver l’Humanité d’elle-même en l’invitant à retourner à une organisation plus proche de la Nature.

Mère Nature

Car oui, je disais que Brèche est aussi une fable écologiste. Assez tôt dans le récit, Nati va repérer des individus bizarres dans le quartier qui ont l’air d’observer. Elle et ses amis finissent par en attraper un qui explique que ses collègues et lui sont venus observer Maisons-Neuves pour comprendre comment ce quartier a réussi à s’en sortir. Parce que Maisons-Neuves est un miracle civilisationnel. Grâce à son système de solidarité et ses cultures agricoles, le quartier vit bien. On sait également que des cours sont donnés aux plus jeunes, notamment par Bella. Le roman est traversé par une lecture assez naturaliste de la survie post-effondrement. Un peu comme Alexandria dans The Walking Dead. Ou comme dans Ravage de Barjavel mais au lieu d’un patriarche à moitié cinglé et viscéralement anti-technologie, on a une dame aimante. Ca marche mieux.

Un potager au coeur des HLM

Brèche nous propose aussi une réflexion sur le fascisme avec des passages racontant l’arrivée au pouvoir de Mussolini, le phénomène de “pestilence” détaillé par Bella. Vous aurez aussi quelques passages sur Gramsci et l’anarchie. C’est très foutraque, un roman assez patchwork et… je suis assez embêtée. Globalement, j’ai un ressenti positif sur Brèche, notamment grâce à sa fin. Au tout début, j’étais assez perdue et ne comprenais pas bien où le roman voulait m’amener. Le souci, c’est que tous les bons ingrédients, notamment avec la notion de Gardienne du Futur, arrivent assez tard dans le roman. En fait, j’espère qu’il va y avoir une suite car je crois que c’est vraiment ce que je vais avoir envie de lire. Du coup, Brèche est un roman intéressant par les thèmes qu’il aborde mais il passe peut-être trop de temps à planter un décor un peu trop fouillis avant d’arriver au coeur de son sujet. 

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