Dans nos sociétés actuelles, toute réflexion sur le futur implique une notion d’effondrement. Même si le déni au quotidien est puissant, force est de constater que la chute a débuté. Après la canicule de cet été, on va manquer de fruits et légumes. Ne parlons pas de l’envol des prix des énergies. Tout ça entraînant une montée du fascisme plus prompt à désigner des coupables fictifs plutôt qu’à chercher des solutions. Nos imaginations sont donc hantées par la fin de la civilisation telle que nous la connaissons et s’empressent d’inventer une suite. Comme dans le manga Les Nations du Soleil Levant où, après l’effondrement, le Japon a éclaté en trois royaumes… Et ils ne sont pas précisément amis.

Un Japon déchiré
L’histoire. Dans un futur post-effondrement, mêlant effondrement économique et industriel, saupoudré d’une petite guerre nucléaire. Une guerre qui n’a pas touché le Japon, se retrouvant submergé par une vague de réfugiés. Ce qui devait arriver arriva : épidémies et famines au programme. Avec quelques séismes parce que sinon, c’était trop simple. Bref, l’effondrement, notamment technologique, est total et au XXIIe siècle, le Japon est retourné à l’ère médiévale. Eclaté en trois royaumes distincts, le Japon est secoué par la guerre et la violence, chaque royaume voulant annexer les deux autre pour obtenir la Suprémacie.

Se venger en réunissant le Japon
On va suivre le destin de quelques personnages, notamment Aetoru, un jeune fonctionnaire dédié à l’agriculture. Marié à l’impétueuse Saki, il la voit défier publiquement l’autorité en s’opposant à un collecteur des impôts. Ce qui causera sa mort d’une façon particulièrement violente. Ivre de douleur et de vengeance, Aetoru décide de monter à Osaka pour intégrer la garde rapprochée de l’Empereur. Outre sa vengeance, Aetoru va poursuivre un autre objectif : réunir le Japon.

Des tacticiens militaires de haut vol
Suite à un premier tome qui pose les bases historiques de ces trois Royaumes et l’arrivée d’Aetoru dans la garde rapprochée de l’Empereur, on va rentrer dans une histoire politico-militaire assez alambiquée. Les trois Royaumes se font la guerre et ce sera à celui qui a la meilleure tactique militaire pour l’emporter. On va avoir droit à quelques tactiques particulièrement fines grâce notamment à Mitsuhide Ryumon, un commandant de génie. Un peu trop aux yeux de Denki Taira, l’effroyable Premier Ministre du Yamato qui n’aura de cesse de tenter de l’humilier et de le discréditer, y voyant une menace à son pouvoir.

Des Humains perdus dans une histoire qui les dépasse
Si le côté militaire n’est pas, de base, ma tasse de thé, nous ne sommes pas face à de longues pages de bataille. Le manga insiste beaucoup sur l’Humanité des personnages, leur moteur principal. Alors que nous assistons à la guerre du Yamato contre ses voisins, nous découvrons aussi les commandants des autres armées. Et certains sont particulièrement attachants. Ce qui va très vite troubler nos parti-pris. Alors qu’on veut voir Aetoru réussir mais parce qu’on déteste Taira, on n’a pas forcément envie de voir les adversaire de Yamato perdre. On espère qu’il y aura un terrain d’entente, une possibilité d’alliance.

Des intrigues de Cour
Autre sujet important dans ce manga : les intrigues de palais. Nous commençons donc l’histoire avec le royaume de Yamato dont dépend notre héros Aetoru. Le premier tome nous montre immédiatement la cruauté de ce monde post-apo et notamment celle de Taira qui n’hésite pas à exécuter publiquement qui le contrarie. Le massacre de Saki, littéralement démembrée par le collecteur des impôts qui n’a pas apprécié qu’elle s’oppose à lui, ne nous laisse aucun doute quant à la violence brute du régime Yamato. Et pourtant, la finesse d’un Mitsuhide nous démontre que, quand même, il y a de la place pour l’intelligence. Même Taira, d’abord présenté comme une brute épaisse avide de sang, sait se montrer stratège, notamment en manipulant un Empereur particulièrement faible et lâche. L’intelligence est une valeur clé pour l’emporter dans cet univers. Ce qui explique d’ailleurs pourquoi Mitsuhide recrute Aetoru qui n’a aucune compétence au combat. Il y voit un atout précieux pour Yamato.

Un récit mythique réactualisé
Bref, le manga va raconter la guerre entre trois Royaumes, un récit directement inspiré des Trois Royaumes, monument de la littérature chinoise. Ikka Matsuki modernise un peu le récit en intégrant cette dimension post-apo qui permet de rappeler les peurs qui traversent nos sociétés, notamment celle d’un effondrement civilisationnel. On retrouve le thème de la violence aveugle et injuste des dominants qui profitent de leur position pour obtenir certaines faveurs et privilèges. Ce qui fait monter une certaine colère propice à une révolte même si on voit les citoyens lambdas terrifiés par cette violence aveugle. D’ailleurs, la seule à oser s’opposer le paiera extrêmement cher. Mais le manga prévient : aller trop loin, c’est prendre le risque de retourner contre soi les citoyens les plus placides. Au début de l’histoire, Aetoru est quelqu’un de posé, pragmatique. Il ne s’oppose pas au pouvoir en place parce qu’il ne voit pas ce qu’il pourrait faire. C’est un discours de Saki puis sa mort qui va le pousser à comploter pour faire tomber le pouvoir en place.

Une contestation discrète
On se retrouve alors dans une dystopie classique de contestation. Si la résistance n’est pas autant mise en avant que dans d’autres romans comme Hunger Games, 1984, Fahrenheit 451… et à peu près toute oeuvre dystopique, finalement, elle existe. On n’assiste pas tant aux réunions de rebelles qui veulent faire tomber le pouvoir qu’au germe de la graine de résistance d’Aetoru. Pas d’attentats à la bombe ou d’actes de résistance grandiloquents, du moins au moment où j’en suis dans ma lecture, mais l’histoire d’un homme qui a choisi de fagociter de l’intérieur. Patiemment.

Une histoire tout en subtilité
Les Nations du Soleil sanglant est donc une pure dystopie politique avec un Etat autoritaire et suprémaciste qui a des vues sur les territoires voisins pour recréer un Royaume perdu… Toute ressemblance, bla bla bla. Avec une résistance qui ne s’incarne pas à travers de grands actes puissants qui laissent à penser qu’il faut être un héros pour résister. Mais juste l’histoire d’un citoyen ordinaire, certes très intelligent, qui bascule en résistance presque par hasard. J’ai vu qu’il existait une adaptation animée disponible sur Prime que je n’ai pas vue donc pas d’avis mais par contre, le manga est très intéressant. Assez dense mais une oeuvre à découvrir dès que possible.




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