Le Ministère du Futur, la dystopie réchauffement climatique

Dans Le Ministère du Futur, K.S Robinson imagine une catastrophe due au réchauffement climatique déclenchant, enfin, une réaction. Mouais…

Et si on parlait un peu d’actu ? Sur un blog dystopique, lier fiction et actualité est rarement une bonne nouvelle. Mais les crises climatiques que l’on vient de vivre, en attendant la prochaine, m’a évoqué un roman donc je n’avais pas encore parlé ici alors qu’il a l’avantage du réalisme, à savoir Le Ministère du Futur. Une quasi utopie qui commence par un drame et une prise de conscience sur les dégâts du réchauffement climatique.

Couverture du roman Le Ministère du futur de Kim Stanley Robinson

Dans un futur extrêmement proche, une canicule extrême ravage l’Inde. Frank est bénévole là-bas et essaie d’aider les plus fragiles. Cependant, la situation devient désespérée quand la clinique climatisée où il était réfugié avec des quidams est prise d’assaut par des “pirates” qui le mettent à la rue. Harassé par la chaleur, il trouve refuge dans un lac, entouré de milliers de personnes. Il y passe la nuit mais au réveil, il est le seul survivant, tous les autres ont péri à cause de la chaleur.

Cette canicule historique ayant causé deux millions de morts, le monde prend conscience qu’il est temps de lutter contre le réchauffement climatique. L’ONU met donc en place un organisme dédié à la lutte contre le dérèglement climatique. Ce Ministère, rapidement appelé “Le Ministère du Futur” par les médias, est mené d’une main de maître par Mary Stuart, une femme solide. Et ça tombe bien car le Ministère ne va pas toujours faire l’unanimité.

Conseil de sécurité de l'ONU

Le saviez-vous ? La chaleur n’est pas le plus grand danger pour l’organisme humain. Non, le plus grand danger, c’est la chaleur humide. Un 40 à 43° sec, un corps en bonne forme peut résister. On vient de l’apprendre à nos dépends. Un corps soumis à une chaleur humide de 36°C cuit, littéralement. Parce que l’humidité empêche la transpiration, le corps perd son principal moyen de régulation thermique et surchauffe. Ce n’est pas pour rien que la catastrophe initiale se déroule en Inde. 

Canicule mortelle

On touche ici une force essentielle du roman, à savoir sa rigueur scientifique. Le Ministère du Futur est glaçant de par son réalisme. Précisément la raison, d’ailleurs, pour laquelle j’en parle aujourd’hui. Réaliste sur les conséquences du réchauffement climatique mais aussi les oppositions que feraient naître un tel ministère. Par exemple, le Ministère du Futur propose la mise en place d’un Carboncoin, une monnaie délivrée en fonction des émissions carbone économisées. Point intéressant ici, on récompense le carbone économisé au lieu de punir celui émis en trop grandes quantités. Proposition acceptée malgré la réticence des banques. Le Ministère va donc rencontrer des oppositions et pas les moindres. Outre certaines institutions, les membres du Ministère vont vivre sous la menace de groupuscules terroristes. 

Le carbon coin pour récompenser les efforts sur les émissions de CO2

Parmi les organisations terroristes du roman, on va trouver Les enfants de Kali, un groupuscule qui estime qu’on n’a plus le temps et que la négociation, ce n’est pas assez radical. Le groupuscule va donc attaquer le mal à la racine. Attaque de drones sur les avions qui se crashent en série, jusqu’à soixante en une journée, assassinats de capitaines d’industrie. L’action directe dans sa plus simple expression. 

Les drones, une menace pour l'aviation ?

Le roman oppose donc deux voies : la voie officielle. Longue, difficile, pas forcément couronnée de succès malgré les bonnes intentions qui l’animent. La survie vs un capitalisme qui ne veut pas lâcher. De l’autre, des activistes profondément choqués par ce qui s’est passé en Inde qui décident de forcer la main au monde pour l’inciter à devenir raisonnable. Vous continuez à prendre l’avion ? Regardez-les tomber du ciel. Vous continuez à sillonner les mers avec vos immense porte-containers. Plouf… Avec, au milieu, ce petit malaise à base de “on n’est pas pour ce genre d’actions qui tuent des gens innocents mais ça sert notre agenda, quand même…”

Manifestations écologistes

Cependant, Le Ministère du Futur, publié en 2020, table sur une réaction à l’horreur qui me paraît difficile à concevoir aujourd’hui. On en a eu la preuve que extrêmement récemment où les trois canicules successives, des canicules exceptionnelles tant par les températures atteintes que par leur internationalité puisque les dômes de chaleur se sont multipliés, n’ont débouché que sur des débats insipides et de vagues promesses pas du tout à la hauteur des enjeux. On s’en fout des débats sur la clim. La clim, ça ne marche que pour les foyers qui ont de l’électricité, ce qui ne fut pas le cas de tout le monde. Et pour des gens qui possèdent le toit au-dessus de leur tête, aussi. Des réactions tièdes, des “ohlala” qui ne pissent pas bien loin. J’ai longtemps cru à cet événement traumatique qui changerait tout. Mais quand même des incendies massifs à Los Angeles ne changent rien, je ne vois pas comment il pourrait y avoir une réelle prise de conscience. Surtout pas la mort de 2 millions d’Indiens dans un monde industrialisé qui glisse de plus en plus vers le fascisme.

Des bûchers en Inde

En lisant cette utopie à peine quelques années après sa publication, le constat est amer. J’étais même convaincue, en avançant dans le récit, que la seule voie qui reste aujourd’hui, c’est vraiment celle de l’action directe. Surtout aujourd’hui que l’ONU ne semble plus n’avoir aucun poids, la collaboration internationale difficilement imaginable. C’est presque un effet de bord intéressant de se dire que cette utopie rend notre monde actuel terriblement dystopique, en comparaison. On refuse toutes les sorties d’autoroute qui se présente à nous pour foncer tout droit vers la catastrophe. Ca rend la lecture pénible tant le roman nous paraît naïf. Vraiment, du Ministère du Futur, la seule partie qui me paraît crédible, c’est celle de l’émergence d’un terrorisme écologique. J’ai beaucoup pensé à lui ces dernières semaines. Ainsi qu’à Bleue de Maja Lunde, surtout la partie des incendies massifs dans les Pyrénées Orientales. Toute ressemblance

Hélicoptère sur le front du feu dans les Pyrénées Orientales

Un roman qui reste intéressant à lire pour les idées proposées pour réguler le réchauffement climatique. Les destinées des personnages, notamment Frank et Mary, m’ont moins intéressée, quelques ingrédients intéressants sur les réfugiés climatiques sans que ce soit particulièrement creusé, dommage… Le tout est un peu foutraque, quelque part entre le roman et le docu-fiction. Forme qui lui aurait mieux convenu, il me semble. Mais ça peut valoir le coup de s’arrêter dessus quand même. Mais pas cet été. Le niveau d’angoisse risquerait d’être trop élevé.

1 réflexion sur “Le Ministère du Futur, la dystopie réchauffement climatique

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