Octopus girl, la dystopie totalement barrée

Dans Octopus Girl, deux petites filles vivent dans un monde où la pluie tombe depuis des années. Une dystopie totalement loufoque.

Pour Noël, j’ai envie de vous proposer une dystopie totalement barrée qui ne ressemble à rien de ce que j’avais vu jusque là. J’en avais parlé lors de mon article sur Tomorrow and I, l’anthologie de dystopies thaïlandaises. Octopus girl est le quatrième et dernier épisode que j’avais gardé parce que j’estime qu’il mérite un article à part entière. Et qu’en plus, il réunit plusieurs ingrédients intéressants de dystopies d’anticipation.

Octopus girl, épisode de l'anthologie Tomorrow and I

L’histoire. Dans un futur relativement proche, il pleut. Il pleut non stop depuis des années. La ville est donc surélevée petit à petit. Mais évidemment, les plus pauvres restent au plus bas. On suit les aventures de Kalapanga, une bonne élève fascinée par le dérèglement climatique, et Mook, une petite fille facétieuse qui squatte chez sa pote depuis quelques temps. En suivant les deux petites filles, on va découvrir une communauté des bas-fonds très bigarrée, découvrir des maladies et des mutations génétiques, une émission de télé-réalité, la corruption des élites…

Affiche de l'épisode Octopus Girl dans l'anthologie Tomorrow and I

Les fictions de Tomorrow and I se déroulent généralement en deux temps. On a une première histoire puis un plot twist qui nous renvoie dans une fiction totalement différente. On croit voir un mari qui cherche à ressusciter sa femme, on découvre une femme qui se rêvait homme. Puis on croit suivre les errances d’un moine tibétain dans un monde hyper technologique, on le découvre en leader d’une nouvelle application. Ici, c’est encore plus complexe. On peut découper Octopus girl en cinq temps.

Les habitants bigarrés des bas quartiers dans Octopus Girl

Temps 1 : l’exposition du monde dans lequel on évolue. Kalapanga fait un exposé pour expliquer qu’il pleut non stop depuis des années, que la ville a évolué. La maîtresse, un katoï, la félicite mais à ce moment-là, Kalapanga éternue et expulse un énorme filet de morve qui échoue dans la bouche de l’instit. Quoi ? Bon, ok, on est dans un monde classique à base d’élites à l’abri tandis que les pauvres croupissent dans des conditions de plus en plus difficiles. On connaît, on croise ça dans la plupart des fictions d’anticipation comme Elysium ou Réminiscence avec une même montée des eaux. On a aussi une ville nocturne qui m’a furieusement rappelé le Néo-Séoul de Cloud Atlas, le Séoul de Jung_E mâtiné de Blade Runner, le classique du genre. Donc on a une dystopie qui nous propose des choses connues mais avec une touche de loufoque. Ok…

Bangkok futuriste sous les eaux

Bref, Kalapanga et Mook rentrent de l’école, sanglées dans leurs capes de pluie. Mook rêve de manger de la brochette de poulpe mais elle n’a plus d’argent son bracelet. Les petites filles nous font une sorte de numéro de comédie musicale puis on découvre leur famille. Des gens assez étranges, des successions de petites scènes bizarres. On a droit à un flash info nous annonçant une nouvelle maladie transmise par les moustiques. Et justement, Mook se fait piquer. Mais pas de panique car le gouvernement annonce un nouveau vaccin. Alors que les habitants des bas-fonds se réjouissent, on découvre que le vaccin a des effets secondaires esthétiques un peu gênant : des petites tentacules poussent sous le menton.

Des tentacules sur le visage

Nouvel acte ! Mook pousse Kalapanga à aller chanter dans une émission de télé-réalité. D’abord accueillie dubitativement par un jury assez hautain, elle parvient à émouvoir le pays entier. Elle parle alors de son quartier et le pays découvre que, contrairement à ce qu’a prétendu le gouvernement, les plus bas quartiers n’ont pas été évacués et les plus pauvres vivent les pieds dans l’eau. Evidemment, le passage de Kalapanga faisant le buzz, le Premier Ministre promet de passer dans le fameux quartier. Ici, on pense naturellement à l’épisode télé-réalité de Black Mirror avec la jeune chanteuse qui devient actrice porno. Avec une issue beaucoup plus heureuse. Ou pas car on découvre que Mook est bien atteinte du virus des zones humides. Alors qu’elle discute avec Kalapanga, elle avise un petit chat croisé un peu plus tôt dans l’épisode, mais quand elle veut le caresser, il s’avère que c’est une sorte de chat-pirhana qui a beaucoup de dents, nage grâce à sa nageoire dorsale et mange d’énormes rats. Les petites filles vont se coucher mais pendant la nuit, le quartier, écrasé par le poids de l’eau, s’effondre.

Octopus girl, la statue de Kalapanga et Mook

Acte Quatre. Les habitants du quartier sont désormais réunis dans une école, façon réfugiés après une catastrophe climatique. Exactement ce qu’ils sont. Le Premier Ministre arrive, masqué. Voyant Mook qui pleure, il veut la consoler pour la bonne image mais panique car il découvre les marques du virus de l’eau. Alors qu’il la repousse, elle arrache son masque et on découvre qu’il a des tentacules sous le menton. Ce qui crée un énorme scandale puisque le fameux vaccin est en très faible quantité et trop cher pour être distribué à tous mais le Premier Ministre, corrompu, a utilisé le vaccin d’abord sur lui.

Chanter sous la pluie

Acte Cinq. On découvre Kalapanga en train de faire un nouvel exposé. Tous les enfants et la maîtresse ont désormais des tentacules et l’on comprend que le vaccin a été distribué à tout le monde. Désormais, l’Humanité a accepté cette pluie perpétuelle mais grâce à la recherche et au génie humain, l’Humanité va évoluer pour s’adapter à cet environnement. A peine a-t-elle fini son exposé que la pluie s’arrête et le soleil réapparaît… Pour le pire.

Mook et Kalapanga ont des tentacules sur le visage

Octopus girl est donc une dystopie d’effondrement très classique ; un effondrement écologique, une société profondément inégalitaire, des élites corrompues. L’effondrement écologique provoque des maladies, des mutations génétiques. Et à chaque fois que l’on croit que la science et la technologie humaine peuvent trouver une solution, la nature prouve que non. Un peu comme dans Snowpiercer, finalement mais à l’inverse. Des ingrédients déjà vus, donc, mais qui sont insérées dans un récit frénétique, des passages comiques totalement décomplexés. Le tout nous amenant vers un final dramatique difficile à anticiper.

Vivre dans un monde où il pleut tout le temps

Cet épisode est celui qui est le moins bien noté sur IMDB car sa loufoquerie peut faire sortir assez facilement du récit. Pourtant, Octopus girl est bien plus profond qu’il n’y paraît, offrant un récit assez cruel puisqu’il met en scène deux petites filles attachantes qui semblent à deux doigts de sortir de leur misère jusqu’à ce que… Alors oui, je n’ai pas compris tous les choix artistiques. L’instit katoï, pourquoi le frère handicapé se transforme en sorte de maître sadique tout en cuir, pourquoi les personnages sont tous atteints d’une étrange frénésie, où est la famille de Mook… Il me manque certainement quelques références. Mais j’ai bien aimé cet univers semi-aquatique, une autre vision de la montée des eaux qui menace la Thaïlande. Et pour une fois que la dystopie choisit le fun et les couleurs, on ne va pas bouder notre plaisir.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *