Les bunkers, mini-mondes dystopiques

Les dystopies aiment imaginer des systèmes dans des univers clos. Comme les bunkers et leur esthétique souvent si particulière.

Ça faisait un moment que je ne vois avais pas parlé d’ingrédients de dystopie. Or, récemment, j’ai vu deux séries se déroulant dans des bunkers. Fallout, dont j’ai parlé ici, et El refugio atomico dont j’ai parlé par ailleurs. Série qui n’est finalement pas une dystopie malgré son esthétique retro. Parlons donc des bunkers, ces lieux de survie qui offrent des cadres parfaits pour imaginer de mini-systèmes aux règles très précises. Et au pouvoir souvent autoritaire.

Un bunker en forme de silo

Des dystopies confinées, il en existe un fort grand nombre. Outre Fallout, on peut citer Bunker Palace Hotel ou Abri 19. Le bunker peut prendre la forme d’un silo, d’une station spatiale. Ou d’une succession de stations de métro, chaque station étant une société à part entière. Quelle que soit sa forme, son histoire est souvent la même. Une catastrophe a fait disparaître notre civilisation. Une guerre, une bombe atomique… ou éventuellement une maladie. On retrouve l’idée de bunkers dans la série satirique “The last man on Earth” par exemple. 

Un Bunker en Allemagne

Dans la plupart de ces dystopies, les gens dans les bunkers ne s’y retrouvent pas par hasard. Les bunkers sont remplis par des gens qui ont payé ou « mérité » leur place dans ces structures. A quelques exceptions près comme Métro 2033 ou the 100. Bunker Palace Hotel est assez fascinant sur ce point : le monde s’effondre mais les élites boivent du champagne dans leur sarcophage de béton. On retrouvait une idée similaire dans la série sud-coréenne Good Bye Earth. Alors qu’un météorite fonce sur la Terre et tombera pas loin de Séoul, condamnant les habitants de la péninsule, des enfants sont kidnappés. Par qui ? Par des riches enfermés dans leur buker qui souhaitent les utiliser comme domestiques. Pour le coup, quand on voit la folie des bunkers dans la vraie vie, c’est cruellement réaliste.

Base sous_marine à Bordeaux

La plupart du temps, les dystopies confinées se passent quelques décennies après l’enfermement. L’auteurice peut ainsi décrire une société aux règles bien établies.  Une des règles que l’on retrouve quasi systématiquement, c’est l’eugénisme. Quand l’espace disponible et les ressources sont limitées, l’eugénisme devient forcément la règle. Dans the 100, chaque femme a droit à un seul enfant. Octavia étant le deuxième bébé de sa mère. Elle vit cachée jusqu’à ce qu’elle soit découverte et jetée sur Terre avec les délinquants du vaisseau. Dans Silo aussi, le contrôle des naissance est drastique. Les heureux couples autorisés à enfanter le sont grâce à une loterie. 

Les Beckers sont sélectionnés pour devenir parents dans Silo

Il y a également la question des ressources alimentaires. On observe cet élément dans Mickey 17. Dans des univers confinés, la nourriture peut devenir un problème. Arrive donc très rapidement les “fermes”, champs… Les bunkers organisés avant l’effondrement ont généralement tout une agriculture mise en place. Alors que les bunkers “accidentels” comme dans Métro 2033 doivent se débrouiller avec les moyens du bord. Des champignons et des rats pour l’essentiel. La question de l’anthropophagie se pose également, notamment dans Snowpiercer. Ou, plus étonnamment dans Mothercloud qui a des allures de dystopie confinée avec cette armée de salariés au milieu du désert qui ne sortent quasi jamais du campus de l’entreprise. Bref, la gestion des stocks se doit d’être rigoureuse.

Ferme souterraine à Londres

Gestion des stocks et des bébés très réglementées, tout comme les tenues, souvent standardisées. Une société au pas. Car dans ces sociétés confinées, tout le monde marche au pas, de peur d’une révolte. Oui, des Humains enfermés dans un espace clos, à un moment, ça crispe un peu. Les systèmes punitifs n’hésitent pas à mutiler ou tuer selon les besoins pour s’assurer d’une certaine cohésion sociale. Un des éléments les plus intéressants de ces dystopies, surtout celles qui se passent bien après la mise en place d’un système, c’est d’observer comment la mythologie étatique cherche à maintenir un pouvoir qui n’a parfois plus de sens. Snowpiercer mythifie le dirigeant Wilford, incarné par des pantins au fil du temps. La société doit être contrôlée sous risque de pugilat et de révolution. Dans Silo, il a été prévu de nombreux silos en sachant que beaucoup allaient péricliter. Même s’ils survivent aux premiers temps incertains. 

Le champ de Silo dans Silo

D’ailleurs, les dystopies confinées servent souvent de toiles pour des histoires de révolution. Des histoires qui veulent nous dire que ce n’est pas parce qu’un système est figé depuis des générations qu’il ne peut pas évoluer. Qu’il suffit soit d’un élément extérieur, assez peu probable dans ses univers confinés à moins qu’il soit là dès le départ, comme Clara dans Bunker Palace Hotel, soit d’un éveil des consciences pour que tout bascule. C’est souvent le sous-texte que je perçois dans ces dystopies confinées. Ne croyez pas que les systèmes établis le sont pour toujours. Car il y a toujours un moment où la jeunesse se révolte. Où les lois d’hier n’ont plus tant de sens, finalement. Qu’on questionne les rites, les habitudes. Parce que le compte n’y est plus.

Bunker souterrain, petit paradis

Bref, les dystopies confinées sont parfaites pour analyser un système. On peut en imaginer les us et coutumes, les lois et les mythologies. Le bunker a ceci de plaisant qu’on peut le modeler comme on le souhaite. On lui prête une esthétique sixties comme dans Fallout ou El refugio atomico. On le représente comme une cathédrale de béton dans Bunker Palace Hotel… Ou dans les souterrains de Starmania où on ne voit jamais le soleil. Par exemple. Ces bunkers me font penser à des mini-mondes enfermés dans une bulle que l’on regarde s’étouffer petit à petit, privés d’un oxygène qui éviterait la sclérose.

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