Il y a un style de dystopie que j’adore mais qu’on croise assez peu : la dystopie architecturale. Les systèmes concentrés sur une ville devenue sorte de cité-Etat. Je les aime car, en général, elles nous offrent des architectures incroyables, des gratte-ciels gigantesques où les plus fortunés se dorent la pilule au sommet tandis que les plus pauvres n’ont quasiment plus accès à la lumière du jour. C’est Métropolis, le Monopolis de Starmania, Megalopolis… Je pense aux Cités obscures, aussi, cette anthologie de BD qui rend démesurées nos cités actuelles. Et les Horizons obliques ont sont les dignes héritiers. Héritage revendiqué par son auteur, Richard Blake.

Voyage dans une dimension parallèle
L’histoire. Jacob et Elena, un couple d’explorateurs, ne rentrent pas de leur dernière aventure. Lieu de leur dernière expédition ? Une dimension parallèle à l’architecture mouvante. Ils laissent derrière eux une petite fille, Adley. Celle-ci va consacrer sa jeune vie à développer une sorte de synchronisation avec un robot hautement sensible, Staden. Des années après la disparition de Jacob et Elena, Adley est enfin prête à partir, elle aussi, dans cette étrange dimension.

Des ingrédients déjà connus
On va donc retrouver plusieurs ingrédients somme toute classique des dystopies actuelles. Une technologie du futur qui permet de voyager dans des dimensions parallèles. On est dans une sorte de multivers quantique dont le concept commence à être usé jusqu’à la trame. Nous avons également le lien entre un robot quasi humain et une humaine un peu particulière. Oui, Adley est une clairvoyante. Ce qui semble lui donner une certaine sensibilité à ce qui peut arriver à ses parents.

Des décors incroyables
Alors oui, la BD nous fait traverser différents sites grandioses. Horizons obliques s’est inspiré des Cités obscures et ça se sent à chaque page ou presque. Au point d’ailleurs qu’on ressent que l’histoire est plus un prétexte à poster d’immenses planches de cités inspirées de nos villes actuelles mais un peu différentes. Jusqu’à des univers totalement déstructurés. Blake se fait clairement plaisir dans les dessins. Evidemment, nous avons quelques machines volantes dont… une deux chevaux. Parce que pourquoi pas ?

Une histoire qui ne prend pas beaucoup de place
Et je ne vais pas aller beaucoup plus loin dans ma chronique sur l’histoire parce que, finalement, je n’ai pas grand chose à en dire. Horizons obliques ne propose rien de plus. Les IA sensibles qui servent de fidèle chevalier à un ou une humaine un peu particulier, on connaît. Le côté multivers ou dimension parallèle n’est pas si courante que ça. J’ai vu plusieurs évocations de Tron, je comprends l’idée. C’est plus qu’une simple dimension parallèle sur l’aspect défragmenté. Et l’ultime twist ne vous fera pas tomber de votre chaise.

Une oeuvre hommage
J’avais envie de vous parler d’Horizons obliques pour deux raisons. La première, c’est sur la dystopie un peu hommage. Ce n’est pas la première fois que j’en croise. Mais par rapport à Utopie, par exemple, qui mélangeait 1984, Un bonheur insoutenable, Le meilleur des mondes, Fahrenheit 451… Un patchwork de dystopies. Bon, là, j’avais pas bien aimé mais ça ne me gêne pas en soi. Dans Future Man, par exemple, la série déborde de références pop cultures assumées. Oui, ce rebondissement, là, c’est comme dans telle ou telle oeuvre. Le personnage le dit pour qu’on le comprenne bien. On peut citer Ready Player One, aussi. Même si là, c’est plus un hommage de Steven Spielberg à… lui-même. Okay.

Des planches à afficher sur les murs
J’ai aimé Horizons obliques parce que j’ai aimé Les cités obscures. Parce que c’est beau. Ce sont des oeuvres dont on pourrait encadrer certaines planches et les accrocher au mur pour une déco stylée. Blake n’avait clairement pas tant envie de raconter une histoire que de créer ces décors fous. D’où de nombreuses planches sans paroles ou presque où l’on est invités à juste se régaler. J’ai aimé Horizons obliques parce que c’est plus une dystopie contemplative qu’autre chose. Et c’est quelque chose qui est assez rare, dans un genre qui aime nous raconter des révolutions, réussies ou échouées.

Le progrès technologique n’est pas si fou
Mais surtout, en lisant Horizons obliques, j’ai eu une réflexion qui m’a un peu frappée. Le problème des dystopies de type sci-fi, tendance cyberpunk, c’est que je n’y crois pas. Ici, l’action est censée se passer en 4040 donc dans très loin. Mais étant plutôt fan des dystopies vintages, je constate à chaque fois que le futur est loin d’être aussi technologique qu’annoncé. C’était une blague récurrente du début des années 2000, quand on soupirait du fait que la promesse des voitures volantes n’a pas été tenue. Alors vu que les automobilistes ne gèrent toujours pas la conduite en deux dimensions, la troisième, je doute. Mais c’est vrai que, globalement, si le progrès technologique entre les années 70 et aujourd’hui est indéniable, il reste quand même pas si incroyable. Le récit commence sur cette histoire de portail permettant de voyager dans un monde parallèle et je me dis que j’y crois pas.

On arrive déjà pas à obtenir des androïdes acceptables
Ce n’est pas une question de suspension consentie de l’incrédulité. Ca ne m’a d’ailleurs pas empêchée d’apprécier la BD. Mais j’ai un bug sur la question des incroyables prouesses technologiques. Je ne crois pas que nous irons coloniser Mars. Ni de mon vivant ni ensuite. Je doute que l’Humanité survive jusqu’en 4040, de toute façon. Lors des vacances de Noël, j’ai lu Cyberpunk d’Asma Mhalla, un petit essai sur le technofascisme plutôt pas mal mais il y avait des passages sur les puces dans le cerveau d’Elon Musk et… Bah non, pardon, je n’y crois pas. Je sais que Musk a affirmé en avoir implantée une, hein. Mais ça fait un moment que je ne crois pas trop aux promesses techno de Musk. Et puis apparemment, ce n’est plus tant son grand projet. Là, on est partis sur les robots Optimus et franchement, c’est pas fou fou. On est très, très loin des androïdes autonomes et sensibles des dystopies.

Prenons plaisir à juste contempler
Bref, Horizons obliques est à réserver à ceux qui aiment les belles planches aux architectures folles. L’histoire ne révolutionnera rien, même s’il y a quelques designs de robots sympas. Mais j’aime bien les oeuvres qui se répondent ou celles qui prennent le temps de nous montrer ses décors. Et puis je m’énerve suffisamment souvent sur des oeuvres qui m’ont déplu que j’aime bien parler d’oeuvres qui m’ont touchée, même si elles ne sont pas fondamentales ou révolutionnaires.



