After Yang, la dystopie si poétique

En allant voir After Yang, je pensais découvrir une simple histoire d’androïde. J’ai été soufflée par une film d’une poésie incroyable.

Je ne regarde jamais les pubs sur Youtube. Dès que je vois qu’il y a un compteur, je m’apprête à appuyer à la fin des cinq secondes. Et puis y a eu cette bande-annonce qui a su capter toute mon attention. Un film avec un robot de maison parfaitement humanoïde dans un univers futuriste. Je regarde la bande-annonce jusqu’au bout et note le titre du film : After Yang. Pour une fois que j’ai envie d’aller au cinéma, je vais pas rater l’occasion. Et j’ai bien fait car After Yang est d’une poésie incroyable.

After Yang

Une petite famille apparemment heureuse

L’histoire. Yang est un androïde type Chinois qui vit dans la petite famille de Jake, Kyra et leur petite fille Mika. Les parents ont choisi Yang comme androïde pour qu’il puisse parler de la Chine à Mika, leur petite fille née là-bas. La vie semble belle dans cette petite famille même si le père n’a pas l’air très épanoui dans son métier de maître du thé; On comprend rapidement que Kyra et lui sont souvent absents du foyer, confiant Mika à Yang. Mais un matin, l’androïde ne s’allume plus.

Yang dans After Yang

Les androïdes aussi ont des souvenirs

Jake part donc en quête d’un moyen de réparer Yang. Mika y est très attachée et on apprend que, de toute façon, ils n’ont pas les moyens d’en acheter un autre. Mais ce qui s’annonçait comme une démarche pour réparer un robot devient soudain une plongée dans les souvenirs de Yang. Un technicien arrache le bloc souvenir du robot et le confie à Jake. Qui va découvrir à travers les souvenirs de Yang que celui-ci était bien plus qu’un simple androïde.

Les souvenirs de Yang

Un film d’une beauté saisissante

La première chose qui saute aux yeux en regardant After Yang, c’est la beauté esthétique. Les personnages sont tous très beaux et très bien filmés mais il n’y a pas que ça. Il y a une lumière, une atmosphère. C’est calme, c’est doux. Le film nous propose une succession d’images sans paroles.  Des bribes de souvenirs, parfois peu importants. Ca m’a fait penser au challenge “une seconde par jour” où l’on filme une seconde de sa journée pour constituer un film de son année. Sauf que là, c’est fait avec goût et talent. Car le film prend son temps pour poser une atmosphère. On ne va pas tout expliquer par des dialogues. On va avoir droit à des plans des personnages qui pensent. 

Colin Farrell dans After Yang

Un univers dont on sait peu

Et à propos d’explication, le film offre au spectateur un boulevard pour son imagination. Nous ne savons à peu près rien de l’univers dans lequel on se trouve. Les personnages évoluent dans un environnement très japonisant (tenue, gastronomie). Ou peut-être coréen au vu de la nationalité du réalisateur, Kogonada. Mais on suppose être toujours aux Etats-Unis. Nous n’avons aucune idée de l’époque où se déroule l’histoire. Nous ne savons pas comment fonctionne la technologie ni même le métier de Kyra. On a droit à des bribes. On devine que la voiture dans laquelle circule Jake est auto-pilotée, on peut deviner sa forme sphérique mais on ne la voit pas. Jamais. On aperçoit des bribes de la ville, notamment avec des dômes mais on n’en saura rien. On devine une société qui fait la part belle aux végétaux qui sont présents partout, jusque dans la voiture. Et en même temps, sur un plan, on voit un arbre dessiné au mur entre deux lierres, comme pour signifier son absence.

Jake dans After Yang

Un film qui ne prédigère pas son histoire

After Yang n’est pas du tout un prêt à digérer. Kogonada nous dissémine des bribes, à droite, à gauche. Nous savons qu’il existe des clones, le voici est marié à l’une d’entre elles et le couple a deux jumelles clonées, également. Ada, une des protagonistes, est également un clone. On réalise que plusieurs enfants adoptés sont Chinois. Pourquoi ? Aucune idée. De la même façon, les androïdes existent depuis suffisamment longtemps pour avoir un musée dédiée et que pour la conservatrice quinquagénaire explique qu’elle a consacré sa vie à l’étude des androïdes. On a quelques indices d’une société mercantile avec le passage du SAV, par exemple. Mais on ne sait pas. Et ce qui est formidable, c’est que ça passe. Je m’agace souvent du manque d’explication que je trouve similaire à un glissage de poussière sous le tapis mais là, le peu que je sais de cette société, je l’accepte.

La ville futuriste de After Yang

Faire le deuil de son androïde

Mais le coeur du sujet, c’est naturellement l’androïde. Au fur et à mesure que Jake puis Kyra vont se plonger dans la mémoire de Yang, celui-ci va prendre une dimension de plus en plus humaine. Yang aimait sincèrement Mika… tout comme il semblait amoureux d’Ada, une jeune clone. Quand Jake revisionne les instants capturés par Yang au sein de leur famille, il termine en larmes. Parce que Yang saisit la beauté et les instants précieux que vit cette famille. Bien plus que Jake, empêtré dans un métier qu’il ne semble pas tant aimer, et Kyra, souvent absente. Au fur et à mesure de sa quête, Yang va passer du statut de robot défectueux qu’on aimerait réparer parce qu’il s’occupe de la petite à véritable membre de la famille. Jake finit même par le désigner comme “mon fils”. Seule Mika avait compris la nature “humaine” de Yang, son grand frère, qu’elle refuse d’abandonner une fois qu’il est en panne. Yang nous apparaît comme un être serviable mais également facétieux. A un moment, Mika chante une chanson “apprise par Yang” et tous partent du principe que c’est une comptine chinoise. Le générique de fin nous révélera une autre histoire.

After Yang, Mika et Yang

Allez voir After Yang tant que vous pouvez

Sous ses aspects poétiques et philosophiques, After Yang offre une véritable respiration. Nous sommes sortis de la séance réellement apaisés. Le film est calme et doux. Il y a des silences, il y a de la contemplation et tellement d’émotion. Et presque un message d’espoir avec une société futuriste qui n’est pas exempte de défauts mais qui paraît plus apaisée et proche de la nature. Je suis très déçue de constater que seulement 15 jours après sa sortie, il n’est quasiment plus joué. Vive l’Utopia de Bordeaux, encore une fois. C’est une merveille à découvrir… ne serait que pour son générique d’introduction absolument parfait avec un concours de danse génial. Oui, j’ai bien écrit concours de danse. Bref, s’il est joué près de chez vous, foncez.

Le meilleur générique de début de flm

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