Le sommeil des damnés, la dystopie martienne

Dans un futur proche, la Planète se meurt. Dans Le sommeil des damnés, Pascal Millet imagine que la survie de l’humanité se jouera sur Mars

Pas mal de dystopies aiment imaginer une société vraiment différente. Une façon assez simple de procéder est de créer une civilisation ailleurs. Carrément sur une autre planète. On a ainsi pu croiser des villes extra-terrestres sur un satellite de Saturne ou carrément une dictature s’installer dans tout la confédération galactique. Et s’il y a bien une planète qui plaît aux écrivains de SF, c’est bien Mars. Accessible et imaginée comme terraformable, on est dans l’ère du plausible. Ainsi, dans Le sommeil des damnés, quand la planète est en train de crever, on envisage naturellement de filer sur la planète la plus proche. Et avec de nobles ambitions.

Le sommeil des damnés de Pascal Millet
Ai-je acheté le livre parce que j’aimais bien la couverture ? Hééééé…

La Terre se meurt

Résumé rapide. Le sommeil des damnés va grosso modo nous narrer deux histoires en parallèle. D’un côté Anna, Marcus et Karel, de jeunes Terriens qui vivent une époque difficile. Les animaux meurent les uns après les autres. Le dernier ours blanc vient de rendre l’âme et la planète est condamnée à plus ou moins court-terme. L’espoir réside dans la colonisation de Mars à laquelle participe activement le jeune Marcus et son meilleur ami Karel. Marcus est fou amoureux d’Anna, soeur de Karel et activiste dans les zones pauvres de la ville qui sont abandonnées à leur propre sort. Suite à un accident, Markus perd une main qui est remplacée par une main synthétique dans une matière qui grignote peu à peu sa chair pour prendre toute la place. Le jeune homme va donc se retrouver confronté à sa propre transformation

Planète épuisée

Les aventures de la jeune sauvage

En parallèle, on suit les aventures de Jill, enfant sauvage sur Mars qui vit dans la forêt. Elle rencontre Alias, Timéo et une étrange créature à la peau blanche et brillante. Elle a des souvenirs d’une civilisation perdue, connaît des mots désignant des objets qui n’existent pas dans son univers comme “voiture”. Quand elle rencontre l’Homme blanc, celui-ci lui révèle qu’il était à sa recherche et qu’elle doit l’accompagner à l’un des dômes disséminés sur la planète.

Ville dôme

Deux histoires en parallèle

Alors, on le comprend assez vite, les deux histoires s’entremêlent mais se passent à deux endroits et époques différentes. On se doute vite que Jill est sur Mars alors que notre trio de Terriens commencent à discuter du projet martien qui n’existe pas encore. Les moments de récit sont entremêlés de pensées d’une créature dont on ne sait rien. Humain, IA sur-développée, on ne sait pas. 

Quelle humanité sauver ?

Le sommeil des damnés parle tout simplement de la survie de l’humanité, tout comme Interstellar, le côté space opera en moins. Et on part pas sur une lointaine planète mais celle d’à côté. Mais l’idée est peu ou prou la même : la Terre est flinguée, comment on essaie de transposer un peu d’humanité ailleurs. Et par conséquent : qui seront les heureux élus ? C’est un sujet que l’on croise assez régulièrement dans les films catastrophe avec cataclysme mondial type 2012 ou Deep impact. Ou dans Salvation, une série particulièrement flinguée… En général, on prend les plus méritants mais qu’est-ce que ça veut dire, les plus méritants, en fait ?

Les arches dans 2012

Une future société de riches ou une société égalitaire

Dans Le Sommeil des damnés, deux visions s’affrontent, d’ailleurs. D’un côté, une vision très ROIste, on va dire, du voyage sur Mars avec une place vendue aux enfants des plus riches. Ce que je trouve un peu stupide, soit dit en passant. Tu pars fonder une nouvelle société, tu vas en faire quoi de tes dollars ? Si j’ai bien retenu un truc de tous les récits survivalistes, c’est que l’argent, très vite, ça sert à rien. De l’autre, on a une conception beaucoup plus égalitariste avec la volonté de créer une arche composée moitié de nantis, moitié d’indigents. Avec la volonté de leur implanter des souvenirs de la civilisation qu’ils ont quitté pour ne pas réitérer les mêmes erreurs.

L'enfant sauvage

Une bonne dose d’humanisme

Parfaite transition pour le sujet suivant : le transhumanisme. Outre l’implémentation de souvenirs, nous avons donc les hommes blancs que nous apprenons à connaître via Markus. Le processus de développement de la peau robotique est assez confus. En effet, on découvre que cette mutation transforme les humains en robots mais autant je peux comprendre le concept de peau modifiée par remplacement cellulaire. Autant la réelle humanoïsation avec la mémoire remplacée par une sorte de clé USB, là, je suis pas certaine.

Je pense donc je suis

Un roman qui se lit vite

Alors, en conclusion ? Y a de bonnes idées et les personnages féminins sont intéressants. Que ce soit Anna ou Jill, on est face à des guerrières qui manient l’une l’arbalète, l’autre l’arc, et qui n’ont pas besoin des hommes. Un peu comme Katniss, je suppose qu’il y a une forme d’inspiration. J’ai bien aimé aussi la dichotomie entre deux visions diamétralement opposées sur la survie de l’Humanité. En fait, le principal défaut du roman, c’est son Méchant qui entraîne le propos dans quelque chose de très manichéen et pas forcément logique. Et évidemment des petits « tais-toi, c’est magique » sur les questions technologiques. Mais ce petit roman se lit bien et sera une lecture parfaite pour la plage ou le métro.

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