1984 : Big Brother is watching you

Peut-on parler de dystopie sans parler de 1984, un roman qui a posé les bases de ce genre ? Bien sûr que non.

Quand j’ai décidé de parler de dystopie sur ces modestes pages, je me suis posé une question cruciale. Est-il nécessaire de parler de classiques que tout le monde a déjà lus ? Il est probable que vous ayez lu 1984 au collège. Ce n’était pas mon cas vu que quand j’ai eu le choix entre quatre dystopies (Ravage, Fahrenheit 451, le Meilleur des mondes et donc 1984), j’avais choisi Bradbury parce que… j’en sais rien du tout. Je n’ai donc lu les trois autres qu’une fois adulte. Mais ne pas en parler sur un blog nommé dystopie, ce serait un peu comme parler de space operas en ignorant Star Wars. Donc go.

Big Brother is watching you - 1984

Guerre et réécriture d’histoire

L’histoire de 1984, vous la connaissez. En 1984 (soit 45 ans après la publication du roman), le monde est divisé en trois blocs. Oceania, Eurasia et Estasia, nés d’une guerre nucléaire datant des années 50. Ces trois blocs totalitaires se font perpétuellement la guerre. Chacun suit une idéologie somme toute similaire mais se battent pour obtenir la domination de l’Antarctique. Dans ce chaos permanent, nous suivons le quotidien de Winston, employé au Ministère de la vérité à Londres. Il gère les archives et doit effacer de l’Histoire toute trace d’alliance avec l’Estasia. En le suivant, nous découvrons les mécanismes de cette société comme la surveillance de la population via les télécrans placés au centre du foyer. Ils servent à la fois de caméra de surveillance et de canal de diffusion de la propagande. Mais Winston n’est pas victime de l’amnésie générale vis-à-vis du passé et décide donc d’écrire ses souvenirs pour garder une trace de l’Histoire “non officielle”. Par peur d’être démasqué par la police de la pensée qui traquent tous les contestataires, il cache ses pensées à son entourage et se réfugie dans un recoin de son appartement qui n’est pas soumis au regard du télécran.

Un état aux deux visages

L’Etat paternaliste est incarné par un visage d’homme d’âge moyen et moustachu “Big Brother”, scrutant les citoyens à travers les télécrans. A l’inverse, l’ennemi de l’Angsoc, idéologie dominante, est également incarné par un homme, Emmanuel Goldstein, dont le visage est projeté quotidiennement pendant les “Deux Minutes de la haine”.

Les deux minutes de la haine - 1984

Une société hyper contrôlante

La surveillance n’est pas que politique puisque les moeurs sont également soumises à des règles strictes. La sensualité et l’amour sont très mal vus, il existe d’ailleurs une ligue anti-sexe à laquelle fait partie Julia. De prime abord, Winston la déteste car il la pense espionne de la pensée. Mais non, c’est une réfractaire comme lui et les deux vont se lancer dans une relation amoureuse clandestine. Leur amour les conduira à entrer en contact avec la résistance… qui n’est en fait qu’une émanation de l’Etat. Arrêtés, Winston et Julia se renieront l’un l’autre et Winston finira par épouser inconditionnellement l’idéologie Angsoc.

1984, le film

Novlangue et slogans

Déjà, rien que de résumer le livre est ardu. Et je ne vous ai pas encore parlé de la novlangue, ce dialecte épuré où le vocabulaire est réduit chaque jour un peu plus. Pourquoi ? En gros pour rendre les mots les plus courts possibles, éviter qu’ils soient pensés avant d’être dit et d’éliminer tout les outils linguistiques permettant de dénoncer la politique du parti. D’ailleurs, la novlangue s’accompagne de quelques sentences paradoxales de type “la guerre, c’est la paix”, martelées à longueur de journée.

1984, pièce de théâtre

Le facteur de basculement dans la résistance

Bref la société de 1984 est l’annihilation de l’individu en tant qu’être penseur et sentimental. Le roman se lit hyper facilement et touche pas mal de thèmes qui font écho en moi. Notamment la question de la “résistance” à une idéologie, un système politique, mais aussi le déclencheur. Qu’est-ce qui te fait basculer dans la réelle résistance ? Ici par exemple, si Winston est déjà sur le chemin de la réfraction de par son incapacité à assimiler l’amnésie collective, c’est sa relation avec Julia sera l’accélérateur.

1984, Julia et Winston

Abrutissement, idéologie et résistance

1984, on en entend parler très régulièrement. Je vous parlais d’ailleurs du slogan “Rappel : 1984 n’est pas censé être un manuel d’utilisation”. Je vais m’en faire une pancarte parce que… 68 ans après, on a la sensation de s’en rapprocher chaque jour un peu plus. Tellement que je ne sais même pas par quel bout prendre le truc.

L’Abrutissement des masses

Commençons donc par le prisme de l’abrutissement des masses puisque c’était le thème annoncé sur cette série d’articles la semaine dernière. Ici, on n’est pas dans une idée aussi simpliste que dans Albator “les gens y font rien, ils regardent la télé, ils sont devenus cons”, c’est tout un système élaboré mis en place par l’Etat pour déposséder petit à petit les citoyens de tout outil de réflexion, leurs serinant à longueur de journée un discours prémâché.

L’ennemi commun

Et c’est là tout le terrifiant. On a d’un côté la bonne idéologie, la version officielle de l’Histoire. Mais Big Brother cultive également son côté noir en mettant en scène un ennemi de la Nation, en animant de faux groupes de résistance pour cueillir les réfractaires qui souhaiteraient les rejoindre. Je pourrais écrire des dizaines de romans rien que sur cette idée. Et force est de constater que l’Ennemi est un ressort classique de nos politiques. On a eu les communistes, le FN, les terroristes (aujourd’hui islamistes, hier d’extrême-gauche, demain… je pense qu’on va pas tarder à revenir sur l’extrême-gauche), les dirigeants des pays X ou Y, la finance… ah non, ça, c’était juste un argument électoraliste. On a besoin de l’Ennemi pour fédérer.

Affiche anti communiste

Un roman toujours d’actualité

Et alors qu’on nous fait peur aujourd’hui sur une grande guerre qui s’annonce à l’Est entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, ce bouquin est terrifiant de réalisme. Surtout sur le point réécriture de l’histoire avec la grande tendance des faits alternatifs chers à l’Homme censé le plus puissant du monde mais aussi la surveillance de masse qui ne semble pas déranger plus que ça car c’est fait au nom de notre sécurité (“la liberté, c’est l’esclavage”) et même la novlangue, surtout en tant que start up nation où on frenglishe à mort sans que ça ait particulièrement du sens. Je sais de quoi je parle, je bosse dans le marketing, je jargonne tous les jours pour impressionner mon auditoire (et, tristement, ça marche). Par contre, sur la novlangue, je vous renvoie à un thread super intéressant croisé sur Twitter pour pas utiliser ce terme à tort et à travers.

jargon
Il manque ASAP

1984 n’est pas un manuel d’instruction. Mais je crois qu’il est temps plus que jamais de le (re)lire, ça glace le sang. Moi, je vais essayer de me mater le film, tiens…

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