Globalia : un monde parfait de villes-bulles

Ecrite par Jean-Christophe Rufin, Globalia semble être un melting pot des dystopies classiques. Pourtant, ce roman mérite qu’on s’y penche un peu

Je n’ai pas attendu de m’intéresser sérieusement à l’univers dystopique pour lire des dystopies. Je l’ai lu à mon arrivée à Paris en 2005, grignotant quelques pages de Globalia à chaque voyage en métro. Et je pense que ce serait un roman qui mériterait une relecture avec mes opinions et connaissances d’aujourd’hui. Donc il est possible que je torde quelques trucs entre souvenirs et réinterprétation. Mais je vais tenter de rester fidèle à l’une des rares dystopies françaises. 

Globalia de Jean-Christophe Rufin
Je connaissais pas cette couv, amusant que j’ai repris ce concept pour la couverture de Technopolis sur Amazon.

Une société parfaite

Quelque part dans le futur, les citoyens s’épanouissent au coeur de Globalia, une sorte d’Etat mondial s’étalant sur l’hémisphère nord. Chaque citoyen a droit à la sécurité, au bien-être et même à un minimum de prospérité. La liberté d’expression est totale… à partir du moment où on ne critique pas trop le système. Les citoyens vivent dans des cités sous des dômes permettant une température idéale en permanence. Mais à l’extérieur des zones sécurisées, c’est le mystère des non zones dont on ne sait pas grand chose. Nous allons suivre les aventures de Baïkal, jeune homme blasé de cette société, qui va se retrouver plongé au cœur d’un complot. Celui de créer un ennemi public pour fédérer le peuple.

Une ville bulle
(c) Mark Scott

Comme un goût de déjà-lu

C’est un peu difficile d’analyser Globalia sans partir dans un copié/collé de ce que j’ai pu dire sur 1984 ou Un bonheur insoutenable, mâtiné d’un soupçon de Ravage et de Final Fantasy, le film avec les villes sous cloche. Mais c’est pour protéger l’humanité, pas assurer un 25° toute l’année. On retrouve vraiment ce côté infantilisant du pouvoir et un jeune citoyen qui se noie dans son spleen, rejetant peu à peu la société. Alors comment vous parler de ce livre sans me répéter ? Je vais prendre deux angles : les messages que l’auteur a voulu faire passer, insistant sur la dimension politique de la dystopie. Puis la question cruciale : peut-on écrire sur un thème déjà exploité par le passé ?

La ville de Chicago dans Final Fantasy

Quel prix pour la liberté et la démocratie

Ce qui saute aux yeux en lisant ce roman, c’est cette sempiternelle question : qu’est-on prêt à sacrifier pour que la société roule ? Et surtout comment un pouvoir, in fine autoritaire, peut soumettre ses citoyens sans en avoir l’air ? On va retrouver les éléments classiques. La mise en scène médiatique, l’infantilisation du peuple, l’exaltation du patriotisme face à un ennemi commun. Mais surtout peut-on exclure des individus de la société pour la préserver ? La sécurité peut-elle cohabiter avec la liberté ? Une dimension assez forte chez Rufin qui résonne fort par rapport à notre société : la prépondérance de l’économie dans les décisions du pouvoir. Je parlais du minimum prospérité qui se rapproche du salaire minimum défendu par Hamon en 2017. Une version édulcorée du salaire à vie. L’argent est rarement présent dans les dystopies, parfois remplacé par une monnaie obscure, voire carrément disparu. La crise économique est rarement un terreau, excepté C’est le coeur qui lâche en dernier. Ici, il guide les décisions politiques… et ça sonne atrocement d’actualité !

Ville dans une bulle
Des fois, j’ai envie de m’acheter une boule en verre pour faire ce genre de photos

Réécrire les mêmes thèmes ?

La question qui me hante avec Globalia, surtout quand j’en lis les critiques : est-ce qu’on a le droit de reprendre des thématiques déjà explorées pour en faire une resucée pas forcément révolutionnaire ? Pour moi, la réponse est oui. Quand j’ai lu Un bonheur insoutenable, j’ai eu des vapeurs car c’était très proche d’Augura que j’étais en train d’écrire. De la même façon, j’étais persuadée que la bulle qui entoure Technopolis était un repompage assumé des bulles de Globalia, d’où mon titre. Sauf que j’ai écrit Technopolis en 99, d’où la présence amusante de cabines téléphoniques, et Globalia, je l’ai lu en 2005. Donc je l’ai forcément piqué ailleurs (je sais que j’ai pris l’inspiration quelque part mais impossible de me souvenir). Mais si ça sert un discours, pourquoi se priver ? Tant qu’on est pas 100% dans le plagiat. Les années passent et, finalement, les périls qui nous menacent n’évoluent pas tant que ça. A part avoir troqué le risque de guerre nucléaire imminente par une catastrophe écologique majeure, on se questionne encore sur nos démocraties, le juste équilibre de nos sociétés pour l’intérêt commun. Et ici, le pouvoir de l’économie par rapport à toutes autres considérations.

Bubble city

Une démarche intéressante

Alors Globalia, est-ce que je recommande ? Mmm. En tant que roman pur, pas vraiment, on s’ennuie quand même pas mal. Mais en temps qu’objet dystopique, un roman qui transcrit les craintes et les appels au secours de son auteur, transformé en lanceur d’alerte… Oui, sans aucune hésitation.

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