L’apocalypse est pour demain, la dystopie automobile

Quand je trouve une dystopie écrite par Jean Yanne, je suis curieuse. Et L’apocalypse est pour demain est un roman absurdement réaliste

J’aime me laisser guider par le hasard. Ainsi, lorsque je découvre une dystopie écrite par Jean Yanne dans la pile de livres déposés au pied de l’immeuble, je n’hésite pas. Déjà parce que je suis très surprise de découvrir que Jean Yanne a écrit une dystopie. Ensuite parce que le titre L’apocalypse est pour demain m’attire particulièrement. Ce que je ne savais pas, c’est que je venais de mettre la main sur une oeuvre vraiment étrange.

L'apocalypse est pour demain de Jean Yanne

Quand la voiture est devenue plus importante que la vie

L’histoire : dans un futur indéfini, l’automobile a pris toute la place. Les humains passent leur vie dans leur véhicule et circulent d’embouteillages en embouteillages, essayant d’éviter les pièges de la circulation. Pas les petits accrochages que nous, on connaît. Non. Chaque automobiliste risque de se retrouver au-dessus d’une trappe qui peut s’ouvrir pour faire basculer le véhicule et son occupant dans la lave. Ou des pinces géantes qui peuvent attraper les machines pour les broyer… On suit donc Robin Cruso, un Français qui a le cul bordé de nouilles. Car la mort frappe toujours les automobilistes devant ou derrière lui mais ça ne lui tombe jamais dessus.

Les embouteillages

Une humanité à éradiquer

Cette chance insolente finit par attirer l’attention des instances dirigeantes. Robin va être convoqué au centre d’étude de la chance. Il va alors être mis en relation avec celui qui dirige le monde, l’immense éminence grise. Celle-ci veut embaucher Robin pour créer des pièges pour tuer des automobilistes par dizaines ! Car le grand chef estime qu’il n’est plus possible de raisonner cette humanité, trop attachée à ses petits privilèges. Comme la possession d’une voiture personnelle. Autant l’éradiquer.

Cascade de voiture

Un système implacable

Evidemment, qui dit pouvoir autoritaire dit résistance. A savoir des piétons qui vivent sous terre et qui me font furieusement penser aux Troglodytes de Delicatessen. Il y a de nombreuses péripéties dont Robin va se sortir souvent avec de la chance. Ce roman est assez foutraque. Il est saisissant d’imagination, Yanne inventant d’incroyables stratagèmes pour éliminer les automobilistes. Les personnages que va croiser Cruso sont pour le moins originaux. Il faut dépasser les premières pages où on se demande ce qu’on fait là. J’ai eu peur d’avoir droit à quelques deux-cents pages de torture d’automobilistes à coup d’acide dans le visage, d’écrasement, de pulvérisation… et ce côté torture porn m’a vite blasée…

Voiture broyée

Une dystopie qui n’est pas si éloignée de notre présent

Mais en sous-couche, cette dystopie n’est pas que pure fantaisie. Alors qu’elle est écrite en 1977, je la trouve furieusement d’actualité. Le droit à la bagnole est plus fort que jamais, alors que les automobilistes s’indignent de voir leur route grignotée par une piste cyclable. Les voitures ressemblent de plus en plus à des forteresses, capables de rouler sur des trottoirs sans trembler. C’est la promesse automobile du XXIe siècle, ça : plus aucun endroit ne doit être inaccessible aux voitures. Franchement, j’ai fait la Jeep academy (longue histoire), j’ai grimpé des talus de fou… alors que je suis pas la meuf la plus dégourdie en voiture. La voiture me paraît souvent l’élément le plus anachronique de notre quotidien. On connaît le danger des gaz à effet de serre. On sait que la bagnole en est un acteur actif mais on produit des voitures toujours plus polluantes. Alors oui, je sais, un SUV est moins polluant qu’une 2 CV. Mais y a-t-il vraiment une quelconque gloire à moins polluer qu’une voiture dont la production a été arrêtée y a 31 ans ? 

Une Jeep dans la boue

Pas si absurde

Yanne nous offre une dystopie qui brûle d’un désir naturaliste… enfermée dans un décor pollué fait d’asphalte et de béton. Car cette dystopie semble sans espoir. Chacun reste dans sa caisse en attendant la mort. Ca frappe par absurdité. Et pourtant, dans les dialogues entre le grand chef et Robin Cruso, on comprend comment on en est arrivé là. Et quand on voit, aujourd’hui, à quel point on est peu prêts à renoncer à pas mal d’engins polluants. Notre confort passe toujours avant l’environnement… on réalise à quel point L’apocalypse est pour demain n’a rien d’absurde.

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