Tron, la dystopie MCP

En 1982, un film nous parle déjà d’une IA autonome qui ne nous veut pas du bien. C’est Tron et les effets sont incroyables pour l’époque.

Les dystopies étant souvent le reflet des préoccupations de leur époque, l’intelligence artificielle est très présente dans les fictions des dernières années. D’abord incarnées dans des androïdes mais elles perdent peu à peu leur corps, notamment avec la popularisation d’outils comme Alexa ou Siri. Cependant l’intelligence artificielle autonome désincarnée n’a pas attendu les années 2010 pour s’incarner au cinéma. Dès 1982, un vilain MCP prétend s’affranchir de son créateur. Aujourd’hui, on parle d’un grand classique : Tron.

Tron, le film de 1982, Tron et Yori

L’histoire. Flynn est un talentueux codeur de jeux vidéos embauché par la société ENCOM. Sauf que la paternité de ses jeux est usurpé par Dillinger. Ce dernier étant nommé PDG d’ENCOM, il licencie Flynn. Pensez-vous que celui-ci va accepter son sort ? Certainement pas. Il tente de hacker le système d’ENCOM pour trouver des preuves de la paternité des jeux mais échoue à chaque fois, bloqué par le système de sécurité d’ENCOM. Système de sécurité développé à partir d’un jeu d’échec de Dillinger devenu le MCP et qui est devenu autonome. 

Dillinger, PDG d'ENCOM

En parallèle, Alan et Lora, salariés d’ENCOM, sont bloqués sur leur projet. Pendant que c’est un coup de Flynn, ils vont le voir mais non, il est tout autant bloqué qu’eux. Le trio décide donc de permettre à Flynn d’accéder à un terminal au coeur de l’entreprise afin qu’il puisse récupérer l’accès au programme Tron “d’Alan”. Sauf que l’ordinateur est situé dans un laboratoire qui travaille sur un projet de téléportation d’objets. Flynn étant détecté par le MCP, ce dernier décide de le dématérialiser. Flynn se retrouve sur “la grille”, le système informatique d’ENCOM.

Flynn, Alan et Lora

S’ensuit donc la progression de Tron et Flynn jusqu’au MCP. Les personnages vont devoir passer différentes épreuves qui sont autant de jeux créés par Flynn. Chaque entité sur la grille sont des programmes qui ont le visage de leur concepteur. Ainsi Tron a le visage d’Alan, Yori celui de Lora… Flynn n’étant pas un programme mais un concepteur, il parvient à s’échapper lors des épreuves des motos, suivi par Tron et Ram. Flynn découvre qu’en tant que concepteur, il peut manipuler la “matière” et peut, par exemple, recréer un vaisseau ennemi pour se faire passer par un garde du système.

Flynn, Tron et Ram, l'équipe bleue

Donc on retrouve des éléments très classiques dans Tron. On va s’arrêter sur l’intelligence artificielle puisque j’ai démarré mon article dessus. Donc le MCP. Master Control Program ou Maître Contrôle Principal dans la langue de Zola. Dès le début du film, alors que Dillinger interroge sa créature pour comprendre pourquoi elle a bloqué l’accès à Tron, il réalise que non seulement le MCP a pris son indépendance mais en plus ce dernier menace Dillinger de révéler qu’il a plagié le travail de Flynn s’il tente quoi que ce soit. 

Le MCP de Tron

Le but du MCP est assez obscur. Il veut devenir plus intelligent, grosso modo. Une fois sur la grille, on découvre que son lieutenant Sark, avatar de Dillinger, capture des programmes puissants ou utiles pour les livrer au MCP qui les absorbe. Ce qu’aurait fait le MCP de cette masse de connaissance et de pouvoir, ce n’est jamais explicité. Mais on retrouve le prototype du méchant de l’ombre qui envoie ses sbires compliquer la vie des héros. C’est Palpatine, Voldemort ou Sauron, choisissez votre camp. 

Sark, le lieutenant du MCP

Nous croisons aussi la notion d’Elu. Sauf que. Dans les premiers instants de l’aventure dans la grille, on pense que l’Elu est Flynn puisqu’il a un pouvoir spécial. Il a un statut à part puisqu’il est concepteur et non programme. Sauf qu’à un moment, Tron et Flynn sont séparés. Tron qui est l’intérêt amoureux du seul personnage féminin du film. En fait, on réalise vite que Flynn n’est pas le héros. Dans le dernier segment au point du MCP, c’est Tron qui, dans un premier temps, se bat avec Sark et le blesse gravement, incitant le MCP a donner ses pouvoirs à Sark pour se protéger. C’est là que Flynn décide d’intervenir. Il distrait le MCP, créant une ouverture permettant à Tron de tuer le grand méchant. Donc grosso modo, celui qui nous sert de lapin blanc dans cet univers… n’est pas tant le héros de l’histoire.

Tron et Yori

Et c’est un traitement très curieux puisqu’à la fin, Flynn récupère les preuves dont il avait besoin et devient le nouveau PDG de ENCOM mais il n’est pas l’élu. S’il impose un baiser à Yori parce que les années 80, Lora reste bien en couple avec Alan. Et c’est pour ça que j’aime assez bien Tron. Pas pour les historiettes d’amour très anecdotiques mais parce qu’il nous surprend sur le rôle de Flynn dans l’aventure dans la grille. Alors qu’on pense que c’est lui qui va terrifier le MCP, d’autant qu’il hérite de pouvoirs, le coup de grâce est offert à Tron. Le même Tron qui a gravement blessé le lieutenant effrayant quelques instants plus tôt. Tron qui donne son nom au film.

Tron, le programme élu

Dernier point sur j’ai envie de souligner même si je ne suis pas certaine que ce soit volontaire : les jeux vidéo. ENCOM code des jeux d’arcade. Quelque chose d’assez léger. Le début du film nous présente ces jeux dans la boutique d’arcade tenue par Flynn. On n’imagine donc pas qu’un simple jeu puisse “dégénérer” en entité autonome et manipulatrice. Une technologie ludique qui présente peu à peu un danger ? Pas tant car ici, le MCP prend du pouvoir parce que Dillinger ne semble pas avoir compris son plan assez tôt. Et qu’il ne pouvait le contrer, au vu de son péché originel. La fin est heureuse : Flynn devient le PDG d’ENCOM et la société continue de produire des jeux… mais sans menace. 

Alan et Lora à la salle d'arcade Flynn's

Bref, j’aime bien Tron. Passons sur le baiser que Flynn donne à une Yori qui n’avait rien demandé, le classico des années 80. L’histoire est assez ambitieuse d’un point de vue technique et montre qu’en prenant le temps d’expliquer sans trop en faire non plus, on peut raconter une histoire complexe. Les effets spéciaux sont certes surprenants pour des spectateurs du XXIe siècle mais ça ne semble pas si daté et je ne trouve pas que ça ait si mal vieilli que ça. Oui, on est très loin de ce qu’on peut faire aujourd’hui mais le fait qu’il y ait eu la capacité de créer tout ça à l’époque, ça me laisse rêveuse. Tout l’univers des possibles que ça aurait pu ouvrir…

Flynn essaie d'échapper à un gardien

Tron, cependant, se suffit à lui-même. Je ne comprends pas la franchise ouverte au XXIe siècle et je n’ai pas regardé. Je ne pense pas le faire. Parce que des fictions sur des IA autonomes, on en a eu des trouzaines. Des aventures qui se passent dans la matrla grille, on a eu notre dose aussi. Alors, oui, les effets sont certainement bien plus impressionnants mais vu que je trouve que les FX du Tron original sont précisément ce qui lui donnent son cachet, ma foi… 

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