Trepalium : bienvenue dans la société Travail

Je vous avais promis de vous parler de Trepalium la semaine dernière. Vu que je suis moi-même en plein absurde professionnel, le sujet tombe à pic. Mesdames et messieurs, aujourd’hui, c’est dystopie à base d’ascenseur social complètement ravagé, de société où 20% des plus riches s’en sortent tandis que les 80% les plus pauvres et sans emploi sont relégués de l’autre côté du mur. Oui, les dystopies, c’est pas censé être gai.

Trepalium, série Arte

Un monde gangréné par le chômage

Dans un futur peu riant, la société est divisée en deux. D’un côté, les ingénieurs fortunés d’Aquaville et de l’autre, les miséreux sans emploi. On pourrait retrouver le système méritocratique de 3% mais pas tellement. Il y a une certaine reproduction sociale même si ceux de la ville peuvent dégringoler s’ils perdent leur travail. A l’inverse, la seule chance qu’ont les pauvres de rentrer dans la ville, c’est de gagner à la loterie. Autant dire que c’est maigre. On est donc dans la survie sans espoir. Jusqu’au jour où le gouvernement décide que 100 d’entre eux seront pris en emploi solidaire à Aquaville. On fait pour l’occasion connaissance avec Izia qui vit seule avec son fils dans la zone pauvre. Ils obtiennent tous les deux un emploi de solidaires, pas forcément de façon loyale pour Izia mais peu importe. On va donc les suivre du côté des riches.

Trepalium, Izia et Noah

Switch entre sosies providentiels

Izia est balancée chez des nantis où, hasard extraordinaire, Thaïs, la mère est son formidable sosie. Cette dernière a une liaison avec un collègue qui se trouve être un membre de la résistance contre le système. Il lui fait miroiter une mutation dans une autre ville où ils vivront ensemble si elle vole des données à son beau-père, gros entrepreneur d’Aquaville. Ca échoue et suite à quelques péripéties, Thaïs atterrit dans la zone, prisonnière. Izia doit donc la remplacer auprès du père, Ruben, car on est dans le paraître ici. En effet, l’ex boss de Ruben est mort (épuisement ou suicide ?) et il convoite sa place donc il doit venir avec sa femme. C’est donc pour nous l’occasion de découvrir la vie des nantis à travers les yeux d’Izia.

Aquaville dans Trepalium
Ca donne envie…

Reproduction sociale

On est dans la dystopie sociale : les riches d’un côté, les pauvres de l’autre. Et au centre, la question du travail, de la réussite et de la médiocratie. Et de reproduction sociale. Les “enfants de” ont plus de chance de rester du bon côté même si le déclassement reste une menace. Mais, même dans la bouche des pauvres, Aquaville n’est jamais l’eldorado. Les pauvres ne rêvent que de mettre de l’argent de côté pour “partir dans le sud”. Concernant le travail, les fonctions des uns et des autres restent assez opaques. On est là pour “faire des affaires”, on est ivre de performance… Alors que le travail de Thaïs/Izia consiste à retaper des lignes de couleurs. Enfantin…

Dans cette société de la performance, nulle place pour les sentiments : Thaïs est totalement détachée de sa fille mutique considérée comme perdue alors que son père la pousse à étudier pour ne pas se retrouver dans la zone. Miroir intéressant avec Izia qui élève seule son enfant dans la zone. D’ailleurs comme 99% des enfants dans les fictions, le fils d’Izia, t’as juste envie qu’il parte dans le sud. Vite.

Izia ou Thaïs dans Trepalium

De bonnes idées, mais…

On a aussi des intrigues politiques mais surtout : on en pense quoi de Trepalium ? Alors j’ai trouvé l’initiative cool, c’est bien qu’une fiction de genre émerge un peu en France où l’on méprise tout ce qui est science fiction, anticipation et, donc, dystopie. Le style rétrofuturiste me parlait forcément et je trouvais amusant de reconnaître des endroits de Paris dans les différentes tribulations des personnages tout en m’étonnant que certains lieux ultra bétonnés n’aient pas été utilisés. Mais l’histoire… erf.

Hasards et confusions

Le concept de base est hyper intéressant et assez réaliste. On n’a aucun mal à entrer dedans mais… On s’en prend trop dans la tête en 6 épisodes, pas mal de choses sont assez inutiles (en particulier les histoires politiques), les personnages ne sont pas attachants, on s’en fout de ce qu’il leur arrive, les hasards sont un peu trop “ohlala, c’est trop incroyable”. Genre la ressemblance entre Izia et Thaïs (et autres rebondissements que je ne dévoilerai pas ici mais que vous verrez forcément venir). Bref, une écriture un peu faible qui nuit au propos. J’ai lu que les réalisateurs avaient prévu de réaliser plusieurs séries de ce genre pour nous donner des clés de réflexion sur le monde qui nous attend. Cool. En espérant que la prochaine mouture soit un peu plus mature et un peu plus solide dans son écriture.

2 thoughts on “Trepalium : bienvenue dans la société Travail

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