Le prix du danger, la dystopie télé cruelle

Dans le jeu télévisé « Le prix du danger », les candidats essaient de décrocher le jackpot. Mais le danger de mort est réel…

Quand j’ai parlé de Running Man, plusieurs personnes m’ont encouragée à regarder Le prix du danger. Décrit comme “pareil mais en mieux”. Voyons donc. Une émission télé où des candidats se battent pour survivre face à des tueurs pour remporter un  million de dollars. Ah oui, effectivement, y a comme un goût de déjà-vu. Sauf qu’en regardant Le prix du danger, si beaucoup d’éléments sont similaires, il y a suffisamment de différences pour que ça mérite qu’on s’y arrête.

Frédéric et François dans Le prix du danger

L’histoire. Dans un futur proche, un jeu télé fait fureur : Le prix du danger. Le concept est simple. Des candidats vont passer des épreuves extrêmement dangereuses et s’ils survivent, ils remporteront un million de dollars. Le film commence sur l’épreuve phare, “La poursuite”, où un candidat essaie d’échapper à ses poursuivants. Il est poursuivi non seulement par des gens armés et visiblement payés pour le tuer mais aussi des cameramen montés sur moto, deux hélicoptères et un dirigeable. Notons que le candidat court dans un décor qui vous parlera : l’espace Abraxas de Noisy le Grand. Qui sera utilisé dans Hunger Games, autre film où des candidats participent à un jeu télé mortel. 

L'espace Abraxas dans Le Prix du danger

Bien que touché à l’épaule, le candidat parvient à tenir la distance et se jette dans la rivière. Hélas, il est rattrapé par ses poursuivants qui l’achèvent à coup de rame. Retour plateau où l’on découvre le présentateur, fortement inspiré de Guy Lux, Frédéric Mallaire. Celui se lance dans un monologue larmoyant sur le pauvre candidat. Puis il fait venir sa désormais veuve sur scène, histoire d’obtenir de belles larmes face caméra. Le prix du danger n’ayant plus de candidats, on relance un casting. Parmi les trois candidats se trouve François, le beau gosse un peu grande gueule.

François et Fréderic dans Le prix du danger

Vous l’aurez compris, Le prix du danger est une critique du monde des médias mais aussi de leur public. Le présentateur, Frédéric Mallaire, est glaçant de dégoulinerie alors qu’il conduit des hommes à l’échafaud, sans se départir de son grand sourire. A noter que le film datant des années 80, Mallaire ne peut pas s’empêcher d’aller tripoter les femmes qui viennent sur le plateau. Il leur parle en leur touchant systématiquement le bras ou en l’enlaçant. Ce qu’il se garde de faire avec les hommes. Bref, l’émission sent les années 80 à plein nez avec des numéros dansants toutes les trois minutes. Les escaliers qui s’illuminent au rythme des pas de l’animateur. Entre Champs Elysées et Palace.

Le prix du danger, Frédéric Mallaire

Examinons donc cette partie critique des médias. Elle va surtout s’incarner avec le personne de Laurence, la productrice de l’émission. Incarnée par la splendide Marie-France Pisier, elle est initialement fière du succès du Prix du danger, qui accapare les audiences. Cependant, après avoir insisté pour recruter François, elle semble avoir un véritable coup de coeur pour lui, allant jusqu’à l’aider discrètement pendant l’émission. Exprimant des remords à plusieurs reprises durant le film, elle finira cependant par choisir son camp à la fin. Le film lui offrant, quelque part, la conclusion de l’histoire. C’est elle qui choisira si ça se termine bien ou mal.

Laurence dans Le prix du danger

Laurence est d’autant plus intéressante qu’elle était amie, à la fac, avec Elisabeth Worm. Qui ? Une avocate activiste qui tente à tout prix de faire suspendre Le prix du danger, arguant que l’émission détourne la loi du suicide autorisé. Quelle loi ? Oui, dans cet univers, il existe une loi qui stipule que si une personne souhaite se suicider mais n’a pas le courage de le faire, elle peut demander à quelqu’un de la suicider. Tout le film nous fait douter des réelles intentions de Florence alors qu’Elisabeth Worms, qui est un peu montée en épingle en début de film, disparaît très rapidement. Ce que je trouve assez dommage. 

Elisabeth Worm manifeste

A noter, pour terminer sur la critique des médias, que la question de l’argent est au coeur du Prix du danger. Les candidats sont issus des classes les plus populaires, des gens simples en galère de tunes. François, par exemple, vient de perdre son emploi. Quand on demande aux candidats ce qu’ils feront de l’argent qu’ils gagneront, un veut ouvrir une épicerie, un autre un garage. Le prix du danger leur promet un million de dollars. Si le mec meurt, ça va, sa veuve reçoit dix milles dollars quand même. Faut dire que l’émission est une machine à cash. Déjà, régulièrement, on a droit à quelques danseurs qui viennent exécuter un numéro pour diverses marques. Des mots, du chocolat chaud. Intéressant la marque de chocolat chaud dans une émission où quelqu’un va mourir en direct, hein ? Parmi les personnages un peu fonction, on a le directeur de la chaîne CTV qui diffuse Le prix du danger. Un mec ultra cynique qui râle parce que la “démocratie” ne le laisse pas faire ce qu’il a envie, qu’il y a de la justice et que pfff, c’est nul. Il fume un cigare et se montre totalement insensible aux péripéties du candidat aux portes de la mort.

Bruno Kremer et Marie-France Pisier dans Le prix du danger

Le personnage du PDG est particulièrement intéressant car, lors de sa confrontation juridique, celui-ci met sur la table un nouveau sujet : la violence intrinsèque de la société. Le PDG explique que Le prix du danger permet de canaliser la violence des gens qui assistent à la mise à mort en direct d’un pauvre type. Ah bah tiens, on pense pas du tout à American Nightmare, ici. Sachant que durant la poursuite de François, on découvre les poursuivants : des français lambda qui ont des pulsions de meurtre et profitent de l’émission pour essayer de réaliser leur désir le plus profond. Parmi lesquels on retrouve Jean-Claude Dreyfus qui joue aussi dans Delicatessen. Des spectateurs qui croisent François décident aussi soit de lui mettre des bâtons dans les roues ou carrément de lâcher des chiens sur lui. Ainsi, alors que les “méchants” de l’histoire semblent être le PDG et Frédéric Mallaire, Laurence navigant entre les deux camps, le film nous offre un ultime uppercut de cynisme sur la fin du film : et si le vrai méchant, c’était le public qui en redemandait ?

François blessé dans Le prix du danger

Bref, j’ai vraiment aimé Le prix du danger. Eventuellement pour quelques mauvaises raisons comme ma nostalgie des années 80. Je veux dire, les émissions de variété des années 80, même si j’en ai finalement très peu de souvenirs, ça reste mon enfance. Le générique de Champs-Elysées, je l’ai encore. Alors que je n’ai aucun souvenir de l’émission en dehors de ça. Et regarder ce genre de film me fait percevoir des trucs hyper problématiques genre les animateurs stars qui tripotent les femmes. Finalement, Arthur n’a rien inventé. Comme à son habitude, vous me direz.

Frederic Mallaire tripote les femmes

J’ai aimé le film parce que je l’ai trouvé incroyablement cynique. Surtout la fin que je vous laisse découvrir. Ce n’est pas l’histoire d’un mec increvable qui renverse un système en deux heures et ramasse l’héroïne à l’arrivée. Déjà, François perd plutôt sa femme, dans le film, celle-ci le suppliant de quitter le jeu. Il y a comme une petite tension érotique entre Laurence et François mais je n’ai pas réussi à déterminer s’il s’agissait d’une tension voulue par le film ou s’il y avait une sorte d’alchimie entre les deux interprètes. Et si j’aurais sans doute aimé un truc entre eux du fait de cette alchimie, je suis quand même contente que le film n’ait pas cédé là-dessus. On s’en fout de l’amour, c’est pas le sujet. Alors oui, le film a sans doute pas mal vieilli et a sa bonne dose de kitsch… parce que les années 80 sont kitschs. Mais perso, le seul vrai reproche que je ferais au film, c’est de n’avoir pas plus exploité le dirigeable. Mon mode de transport rétrofuturiste préféré. Ah et si vous aimez le brutalisme, vous serez servi.

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