Quand je suis allée voir Disclosure Day, je ne m’attendais pas à en parler sur ce blog. Les extraterrestres peuvent être un ingrédient dystopique. Je pense à V, Renaissance ou Stalker pour les ET venant nous rendre visite et bouleversant le monde. Les extraterrestre peuvent être des ennemis pratiques pour raconter une histoire de fascisme, des alliés inespérés pour sauver l’Humanité de ses propres travers… Ou juste des visiteurs qui nous ont pris pour leur poubelle. Disclosure Day ne parle pas tant d’extraterrestres mais il y a une dimension que j’ai trouvée très intéressante pour ce blog : le jour de la bascule.

Attention, spoilers
Je raconte rapidement l’histoire. Attention, je vais spoiler. Des trucs assez évidents mais quand même. Si vous n’avez pas vu le film et que vous avez envie d’aller le voir, quittez cet article. Et je vous conseille d’aller le voir parce que j’ai vraiment aimé et ça fait du bien, un si bon film d’action et de poursuite. Et il y a quelques idées de mises en scène vraiment cool. Moi qui n’avait pas bien aimé ses derniers films comme The Fabelmans ou Ready Player One, j’ai poussé un soupir de soulagement.

Course-poursuite et miss Météo qui débloque
L’histoire. Daniel a volé des documents et des artefacts mystérieux à une organisation secrète qui semble prête à tout pour les récupérer, contraignant le jeune homme à partir en cabale, entraînant avec lui sa petite amie, Jane. Pendant ce temps, Maggie, présentatrice météo sur une chaîne locale, se sent bizarre. Après avoir croisé la route d’un bel oiseau qui l’a regardée droit dans les yeux, elle développe des pouvoirs bizarres et se met à parler dans une langue inconnue. Tumeur au cerveau, AVC ? Sans doute autre chose puisque l’organisation qui en veut à Daniel semble soudain vouloir l’attraper, elle aussi.

C’est l’histoire d’une bascule
On part sur un film de poursuite assez classique. Daniel et Jane vont de planque en planque, Maggie essaie de les rejoindre, il y a des courses poursuites en voiture… Un film d’action pur et dur donc pourquoi j’en parle ici ? Pour la partie révélation. Littéralement le titre du film “Disclosure Day”, Disclosure signifiant “divulgation”. Dans la plupart des dystopies, on nous raconte une histoire de l’après basculement. Quelque soit le basculement. Ca se passe souvent ainsi. Un personnage pense à la civilisation dans laquelle il vit en mode “mmm, bizarre les moeurs de mon époque. C’est depuis la grande fracture de 2056…”. Ou iel est étudiant et se retrouve en cours d’histoire avec un prof qui annonce de façon péremptoire “C’est en 2056 qu’a eu lieu La grande fracture…”. Bref, on nous plante rapidement le décor pour nous aider à comprendre comment on en est arrivé là et on avance.

Flemme de t’expliquer
Parfois, il n’y a pas de mise en contexte, d’ailleurs. L’Humanité en est là, on ne sait pas comment ni pourquoi. L’avant n’existe plus et on peut presque se demander si on est toujours sur la même planète. C’est notamment le cas du Passeur où, vraiment, le film ne nous offre aucune clé là-dessus. Dans Divergente ou La sélection, on nous révèle souvent vers la fin de l’histoire que, si, si, tout se passe bien sur Terre, dans un pays qu’on appelait autrefois les Etats-Unis, et l’héroïne est choquée d’apprendre que son monde n’a pas toujours été le monde. Mais que l’on sache ou non ce qu’il s’est passé, le récit évolue dans des sociétés bien établies.

Des histoires d’effondrement
A ceci s’opposent les dystopies d’effondrement. Evidemment, celle qui vient immédiatement en tête, c’est The walking dead avec cette éternelle fuite en avant et ce désir fort de refaire civilisation qui anime tous les personnages. Après les premiers mois de fuite, les personnages cherchent désespérément à s’établir et à recréer une société autonome. Je pense à Toxoplasma où une organisation sociale se met en place en plein effondrement avec des objets qui servent de monnaie. Les Mandibles ou Dans la forêt qui racontent la déliquescence de la société et comment les personnages s’adaptent au fur et à mesure… Tout parle toujours de système social, de ce besoin humain de mettre en place une organisation, aussi fragile et embryonnaire soit-elle.

Comment va réagir l’Humanité ?
Disclosure Day parle encore d’autre chose. Le dernier acte est entièrement consacré à la bascule mais on n’en voit pas les effets. Le film termine justement avant que la sage parole soit délivrée. Ce que l’on voit, c’est une Humanité qui s’arrête. Bon quand je dis Humanité, ce sont surtout les Etats-Unis, évidemment. En Europe, ça devait pioncer sévère à l’heure de la Grande Révélation. Cependant, durant le film, Daniel et ses complices ont la notion, une notion très aiguë, qu’il y aura un avant et un après. Ils savent qu’ils ont entre les mains une bombe civilisationnelle. Et c’est un vrai sujet puisque la vraie question du film, son coeur même, c’est “comment réagira l’Humanité” avec deux camps. Celui de Daniel qui pense qu’elle réagira bien et celui de Scanlon, figure de proue de l’organisation secrète, qui oeuvre surtout pour protéger l’Humanité d’elle-même. Car il est persuadé que la divulgation des secrets entraînera une guerre totale.

Spielberg croit en la bonté humaine
Spielberg a souvent (toujours ?) pris le parti d’une solidarité humaine dans l’adversité. Citons La guerre des mondes, film que j’ai vraiment pas apprécié, et certes tiré d’un roman mais, clairement, les Humains qui survivent le font parce qu’ils se font confiance et s’allient entre eux. Dans Rencontre du Troisième Type, passé la frayeur et l’inquiétude liée à des phénomènes non expliqués au début, le film se termine sur une note d’espoir. Et au-delà de ses films de science-fiction avec des ET, Spielberg voit toujours le salut dans la bonté humaine. La Liste de Schindler parle de ça aussi. Malgré les horreurs du nazisme, un homme fait preuve d’une grande Humanité et sauve ses congénères. On peut penser ce que l’on veut de Spielberg mais quelque chose que j’apprécie énormément chez lui, c’est qu’il n’est pas cynique.

Les Humains sont égoïstes, regarde
Cette question de la réaction de l’Humanité face à un phénomène qui la dépasse peuple les dystopies. On pense au Problème à trois corps qui contient son propre Disclosure Day… Même si celui-ci est bien violent. La plupart des dystopies partent du principe que ce sera chacun pour soi et que la Loi du plus fort s’établira forcément. Même si, souvent, dans le récit, les égoïstes et têtes brûlées ne connaissent pas un destin joyeux. Et c’est vrai que l’actualité nous laisse à penser ça souvent. Regardez, le Covid, le confinement avec tous les gens qui se sont rués dans les supermarchés pour dévaliser les… rayons de PQ. Plus récemment, on peut parler des climatiseurs à prix cassés de chez Lidl qui ont occupé nos éditorialistes pendant quelques jours. Avant qu’ils ne basculent sur la terreur que fait régner un enfant armé de… d’un pistolet à eau. Faudra un jour redéfinir qui est le camp des fragiles, quand même.

Le réflexe de solidarité
Les médias nous montrent souvent ces scènes de bagarre ou de panique. Sans doute que la crasse humaine fait plus vendre, allez savoir. Pourtant, si on s’arrête deux minutes, on peut voir une autre histoire. Moins spectaculaire mais plus réaliste : le réflexe de solidarité. Celui qu’on observe dans n’importe quelle crise. Notamment le Covid où on a pu voir des gens prendre soin de leurs voisins, créer des réseaux de solidarité, faire la fête sur les balcons pour essayer de s’apporter de la joie. Et j’ai souvent l’impression que c’est ce qui intéresse Spielberg. On ne sait pas comment va réagir l’Humanité au Disclosure Day, on ne perçoit que leur choc face aux révélations. A nous d’imaginer la suite mais les éléments mis en place tendent à nous faire penser que les réactions seront positives.

Juste deux visions de l’Humanité
Bref, Disclosure Day oppose deux visions d’une Humanité post révélation qui pourrait se révéler plus cruelle et violente qu’à l’ordinaire ou, au contraire, accueillir ce qu’ont à leur dire les ET comme le point de départ d’une nouvelle civilisation plus humaine et altruiste. Le dilemme de toute personne souhaitant écrire une dystopie ou utopie finalement.




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