Tout est question de leader charismatique

Souvent dans les dystopies, les héros et héroïnes que nous suivons se dressent face à un leader charismatique. Retour sur un archétype

En tout cas dans les dystopies parce que dans la vraie vie, erf. Je ne suis pas de celles qui croient en une personnalité providentielle qui amènerait le peuple vers une direction salvatrice. Parce que je ne crois pas en l’individualité mais dans un effort collectif et consenti, seule façon de parvenir à nos fins. Mais dans les dystopies, on aime l’archétype du leader charismatique, cette figure d’autorité qui tient dans ses mains la destinée de tout un peuple. Moitié consentant, moitié révolté. Et c’est en général cette deuxième moitié que l’on va suivre dans les récits. Faisant de la figure d’autorité le grand méchant.

Donald Sutherland, leader charismatique dans Hunger Games

Le visage unique d’un totalitarisme

Les dictatures ont un visage. Celui de leur dirigeant. Hitler, Staline, Pol Pot, Pinochet, Napoléon, Trump… Donc forcément, quand on écrit un récit qui dénonce les dérives politiques, on reproduit avec un leader qui incarne à lui seul le régime. Parfois, le régime tient par la figure même d’autorité comme dans 1984 où Big Brother est devenu une allégorie de pouvoir. Souvent ce rôle est si crucial qu’on aime faire incarner cette figure d’autorité par un acteur ou une actrice auréolé·e d’une belle réputation. Kate Winslet, Patricia Clarkson, Meryl Streep, Donald Sutherland… Parfois, le leader charismatique devient une légende dont personne ne connaît le nom. Est-il mort ou vivant ? C’est toute la tension dans Snowpiercer où nous n’aurons le droit de découvrir le visage de celui qui gère le train que durant les dernières minutes du film. Et dans la série, on découvre très rapidement que le leader est en fait une leadeuse.

Ed Harris

Une façon classique de raconter l’Histoire

Alors pourquoi faut-il un leader charismatique à ce point ? Souvent, les dystopies racontent des révolutions. Nous, en France, on a décapité des Rois. Dans l’Histoire, on associe très facilement la mort de Louis XVI et la fin de la monarchie. Alors oui mais entre la prise de la Bastille et la mort de Louis, on a eu une sorte de monarchie constitutionnelle. Mais symboliser la mort d’un régime par la mort de son leader reste un ressort narratif assez fort. Et ça se comprend. Imaginer soulever un peuple paraît impossible, surtout aujourd’hui où la plupart des citoyens mangent à peu près à leur faim. La colère gronde régulièrement mais pas au point de réussir à créer un mouvement suffisamment puissant. Du moins actuellement. Cette histoire de leader charismatique qui résume à lui seul le régime, c’est l’Histoire telle qu’on nous l’apprend. Rapide, inéluctable, des causes qui entraînent des conséquences. Des images de Louis XVI décapités, les Mussolini ou Ceaucescu morts, les statues de Lénine ou Staline déboulonnées. Etc.

Statue de Lenine détruite

Une monarchie absolue mais pas solitaire

Du coup, il est plus aisé d’utiliser un leader charismatique dans un récit pour incarner ce pouvoir, souvent dictatorial. Même s’il existe parfois d’autres représentants du pouvoir qui sont là pour la figuration, nous ne sommes pas toujours dans une Monarchie absolue. Dans la vraie vie non plus d’ailleurs, les dictateurs les plus égotiques avaient leur pelletée de ministres et conseillers. D’ailleurs, c’est souvent un élément qui permet de déterminer la bonne dystopie de la mauvaise, selon moi. Quand on se retrouve dans un pays dirigé par un despote qui règne seul et modifie les lois à sa guise sans que personne n’ait l’idée de redire quoi que ce soit, c’est le moment de lever les yeux au ciel très fort.

Immortan Joe, leader terrifiant de Mad Max fury road

La soif de pouvoir n’est pas le seul moteur

Ce qui est intéressant dans le leader charismatique, ce sont aussi les raisons qui le guident. On va bien sûr avoir les assoiffés de pouvoir qui n’agissent que pour l’obtenir et le confisquer. Hunger Games me paraît un excellent exemple, Palpatine dans Star Wars. Mais souvent, les intérêts du leader sont plus complexes. Certains agissent mal pour des raisons qu’ils pensent pourtant bonnes. Dans the handmaid’s tale et Vox, les dirigeants pensent que leurs décisions sont à même de remettre leur pays dans le droit chemin. Dans Le Pouvoir également. Il y a une vision initiale et le leader charismatique essaie d’amener son peuple à son épanouissement. Dans ce cas-là, on peut citer Janine de Divergente qui pense agir pour une noble cause mais agit comme une bourrine sans coeur. Ou la doyenne du Passeur, excellent archétype du leader qui prend des décisions dans l’intérêt général mais sans malice ni ambition. Vu qu’elle ne peut pas…

Meryl Streep, leader charismatique dans le passeur

Un leader unanimement suivi ?

Reste que dans la vraie vie, je ne sais pas si un tel leader pourrait exister et sur un si long terme. Quand on regarde les politiques charismatiques tels que Obama ou Trudeau pour ceux qui me viennent à l’esprit, ils ne sont pas toujours au top de la popularité. Surtout quand ils gouvernent, d’ailleurs… Je pense que si un peuple suivait aveuglément un dirigeant, ce ne serait pas tant pour ses qualités ou son charisme mais… juste que quand on a accès au minimum vital, on ressent moins le désir de se soulever. D’ailleurs, faudra que j’écrive un article sur le sujet. 

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