Black Mirror : la technologie est-elle notre pire bourreau ?

Série malaisante, Black Mirror est difficile à décrire tant ses moyens métrages détonent les uns des autres. Le lien ? Une technologie terrifiante

Je me suis longtemps questionné sur comment aborder Black Mirror. Devais-je écrire un article sur chacun des épisodes ? J’avais bien envisagé de le faire mais certains épisodes m’ont laissée froide et je n’avais pas envie d’y retourner. Surtout les épisodes avec des militaires, pas ma came. Et puis je me suis dit qu’il serait plus judicieux de prendre un peu de hauteur pour réfléchir à la série en elle-même. Je reparlerai des épisodes au besoin, comme je l’ai déjà fait dans mon article sur la télé-réalité. Alors Black Mirror, c’est quoi ?

Bryce Dallas dans Black Mirror

Une incroyable collection de moyen-métrages

Plus qu’une série, j’aime voir ça comme une collection de moyen-métrages sur les évolutions technologiques. Sur des avenirs sombres sauf que certains avenirs, c’est déjà demain. Depuis quelques années, je vois de plus en plus de commentaires de type “c’est Black Mirror !”.  Certains épisodes semblent avoir touché juste puisqu’on y revient à chaque fois. Je pense à celui de la notation des citoyens avec la géniale et terrifiante Bryce Dallas Howard. Il y à l’épisode avec John Hamm où les gens peuvent vous bloquer dans la vraie vie. Ou celui avec l’émission de télé-réalité que j’ai déjà évoqué. Même le tout premier épisode avec le Premier Ministre britannique est régulièrement évoqué. Celui où l’on peut rejouer ses souvenirs sur grand écran aussi. Quand la télé coréenne diffuse un reportage où une mère retrouve son enfant décédé grâce à un casque VR, on est purement et simplement dans l’épisode Bientôt de retour. Est-il possible pour une série de toucher aussi juste ?

Bientôt de retour, épisode Black Mirror

Le futur, c’est déjà demain

Ce qui fait la force de Black Mirror, de mon point de vue, c’est qu’ils ne sont que très rarement dans de la fiction lointaine. D’ailleurs, les épisodes qui m’ont le moins accrochée se passent dans des univers radicalement opposés au nôtre. Sauf celui de la télé-réalité puisque les avatars des personnages sont des mii, on les côtoie déjà. La plupart des technologies que l’on découvre dans les épisodes ne semblent être que la suite logique de ce que l’on connaît déjà. Jeux vidéos, télé-réalité, réseaux sociaux, domotique, mii et autres nabaztags new gen… Rien ne nous paraît impossible, invraisemblable car on sait que des versions moins développées existent. Que les histoires les plus fantaisistes se reposent sur des recherches déjà existantes. Et surtout les technologies les plus incroyables sont totalement pondérées par un ancrage dans notre réalité.

Jodie Whittaker dans Black Mirror

Un réalisme troublant

Car les décors, vêtements ou voitures sont généralement les nôtres. Je le souligne régulièrement dans les fictions filmées, j’ai souvent un problème de temporalité quand on me parle d’un futur assez lointain où tout est resté figé dans son jus sauf l’élément qui permet de raconter l’histoire. Ici, ce manque d’implication dans tous ces détails du quotidien me paraît parfaitement voulu et maîtrisé. On ne veut pas juste nous demander de suspendre notre crédulité et de se laisser absorber par une histoire. Non. On saisit un risque technologique ou un travers humain et on le tort pour le rendre monstrueux. Dans un univers qui nous est familier pour bien nous faire comprendre que ça pourrait exister.

L'amour dans Black Mirror

Lanceurs d’alerte

Je considère, à tort ou à raison selon les oeuvres, que la dystopie est le genre de lanceurs d’alerte par excellence. Qu’il s’agisse de dictature, d’effondrement, de catastrophe écologico-industrielle ou du péril technologique, les auteurs et autrices de dystopie usent de la fiction pour tenter de nous prévenir. Black Mirror est la quintessence de la série lanceuse d’alerte. Ici, on n’étire pas le concept à l’infini pour nous étaler une histoire sur 10 ou 15 épisodes au risque de l’affadir ou de nous perdre en route. Le format est incisif, un uppercut direct dans le cerveau. Quelques épisodes un peu plus légers viennent nous offrir un peu de respiration comme un de mes préférés : le USS Callister.

Uss Callister dans Black Mirror

D’amour, de transhumanisme et de technologie

Alors évidemment, tous les épisodes ne se valent pas. Selon notre sensibilité, nos appétences, nous serons plus troublés par l’un ou l’autre des scénarios. Généralement, je laisse une ou deux saisons de côté avant d’y plonger tête la première, excitée à l’idée de découvrir quel univers les auteurs auront imaginé, si on va me parler divertissement ou guerre, transhumanisme ou effondrement. Voire d’amour, parfois aussi. Souvent, même. Et je sors de là toujours un peu troublée, me demandant si j’ai regardé une dystopie ou une simple histoire qui se déroulera demain. 

Black Mirror jeu vidéo

Ca peut tourner mal dès demain

Car oui, Black Mirror nous le rappelle en permanence : pas besoin de se projeter dans deux ou trois siècles pour raconter des histoires de technologies qui tournent mal. 

4 thoughts on “Black Mirror : la technologie est-elle notre pire bourreau ?

  1. la meilleure série de ces dernières années pour moi ! L’épisode chute libre où les gens sont notés pour obtenir un logement par ex est déjà d’actualité en chine. Je conseille vivement de voir à ce sujet « 7 milliards de suspects » sur arte !
    j’ ai aussi parlé de la série, et j’ai quasiment fait un article par épisode et un classement. comme toi, ceux avec les militaires m’emballaient moins. les + marquants pour moi : retour sur image et bientôt de retour… par contre, très décue par la dernière saison ! un de mes liens sur la série : http://incroyablesaventuresinexistantes.hautetfort.com/archive/2018/05/29/black-mirror-le-classement-des-meilleurs-episodes.html

    1. J’ai trouvé que la dernière saison tapait beaucoup plus dans le divertissement et m’a moins amené à réfléchir. J’ai trouvé ça bien rythmé et prenant mais plus tellement dystopique. Notamment l’épisode avec Miley Cyrus qui tenait plus du thriller qu’autre chose. Et je l’ai aimé pour ça mais j’avais plus du tout l’impression de regarder Black Mirror, c’était autre chose.

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