Les puissants, l’uchronie so british

La saison 4 de The Crown vient de débarquer sur Netflix ! Alors je me suis dit qu’il serait approprié de vous parler de cette étrange uchronie “Les puissants”. A dire vrai, j’ai pas mal de difficultés à classer ce roman dans une catégorie bien définie. Vendu comme une dystopie, ce qu’il n’est pas, il est quelque part entre l’uchronie et le fantastique. Mais comme ses thèmes sont très très proches d’une dystopie systémique, j’ai envie de vous en parler. D’autant que j’ai trouvé que la trilogie des Puissants était vraiment une très bonne surprise.

Les puissants de Vic James

Dans une Angleterre alternative, entre magie et esclavage

Alors de quoi ça parle ? L’histoire se passe en Angleterre à notre période… mais dans un monde alternatif. Le pays est dirigé par les Doués, des êtres disposant tous d’un don. On n’en sait pas grand chose mais ça les rend surpuissants et leur confère des compétences particulières. Les doués règnent donc dans leur coin sur l’Angleterre, les humains normaux étant plus ou moins exclus du pouvoir. Ce qui se passe relativement bien à une grande exception près. Les non-doués doivent dix ans d’esclavage au pays. La plupart du temps, les esclaves se retrouvent dans des villes d’esclaves à accomplir de basses besognes ouvrières et pénibles. Mais il est également possible de se retrouver au service des Doués. C’est le sort qu’attend la famille Hadley. Pouvant décider à quel moment de leur vie les non-doués peuvent déclencher leur décennie d’esclavage, les parents et la soeur aînée décident de partir tous les cinq au service de l’une des familles de Doués les plus puissantes : les Parva-Jardine. Malheureusement, tout ne se passera pas comme prévu. Seuls quatre d’entre eux sont attendus à la résidence de la famille Douée. Luke, le fils adolescent, sera jeté dans la ville-esclave de Millmoor.

La classe ouvrière va au paradis

Préoccupations du peuple et préoccupations des Puissants

On va d’abord suivre la vie de la famille Hadley à Kyneston d’un côté et la survie de Luke à Millmoor de l’autre. Cependant, si la famille Hadley nous sert de lapin blanc au tout début du récit, l’autrice Vic James nous offre également de nombreux chapitres vus par les différents protagonistes croisés tout au long du récit. D’ailleurs, la première scène ne met pas en scène la famille Hadley mais bien les fils Parva-Jardine. La famille Hadley va se retrouver déchirée par les luttes des pouvoirs des Puissants. Entre ceux qui rêvent de toujours plus de pouvoirs et ceux qui estiment que l’esclavage a fait son temps et qu’il est temps de tourner la page. 

La famille royale d'Angleterre

La romance n’est pas le coeur

Cette trilogie est remarquable car elle surprend. Lors des premiers chapitres, j’ai eu peur. Je me lançais dans une oeuvre parce qu’on me l’avait vendue comme une dystopie et je voyais poindre des romances à caractère toxique. Comme je lisais Les héritiers en même temps, dans le pur style rom com toxique à base de mec très beau, très riche et très problématique et la petite pauvrette qui va l’aider à guérir ses démons, j’ai vraiment eu peur. Notamment par rapport au personnage de Gavar qui semblait bâti sur ce modèle-là. Et bien pas du tout. Si Vic James nous offre un peu de romance, ce n’est vraiment pas au coeur de l’intrigue. 

Un héritier sexy

Politique et manigances

Non, le coeur de l’intrigue, c’est vraiment le système politique et ses basses manigances. On classe aisément les Puissants au rayon dystopique car il décrit une société où le commun des mortels ne peut atteindre le bonheur. Les jours d’esclavages sont une parenthèse douloureuse dans la vie des uns et des autres. On a vraiment le peuple soumis par la force des choses mais surtout de l’habitude d’un côté et les Puissants en pleine manigance de l’autre. Mais dans ce cas, Game of Thrones est une dystopie, tout comme l’Epée de vérité. L’autrice ne nous prévient pas sur une dérive possible de la société pour notre plus grand malheur. Par contre, elle nous parle d’acceptation et de résistance, de soif de pouvoir et de désir d’égalité. Il y a la question de l’entrée en résistance. En suivant les histoires de Luke et de sa soeur Abigail, on découvre que certains citoyens se retrouvent dans un destin trop grand pour eux. Mais ils n’ont guère le choix. Vic James nous parlent des petits actes de désobéissance même si, on va le découvrir, tout reste l’oeuvre des Doués qui s’affrontent entre eux.

Madame de Montespan, Versailles

De l’hérédité du pouvoir

Enfin, Vic James interroge surtout la notion de pouvoir et son hérédité. Au fur et à mesure du roman, on découvre que le Don est quelque chose d’acquis mais que les Puissants eux-mêmes cernent mal. Seuls quelques individus explorent et développent leur pouvoir. Certains autres sont doués mais personne ne sait vraiment quel est leur pouvoir et si celui-ci est puissant ou non. On n’interroge pas le Pouvoir, il est par essence attribué aux biens nés. Ce n’est pas pour rien que l’action se déroule en Angleterre, une Monarchie qui a longtemps fait la pluie et le beau temps sur le monde.

Famille royale britannique

Je recommande

Bref, j’ai vraiment eu une jolie surprise avec cette trilogie. Une pépite de la littérature jeunesse que je recommanderai sans hésitation à ma nièce quand elle aura une quinzaine d’années. L’écriture est agréable, l’action est plutôt bien amenée, les atermoiements des uns et des autres assez légitimes. Et surtout, aucun personnage n’est fondamentalement agaçant même si certains n’en sont pas loin. Ce n’est certes pas une dystopie mais si on aime les romans qui interrogent le système, c’est de la bonne came. 

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