Internet, le relatif absent des dystopies

Quand tu lis des dystopies, tu retrouves souvent certains thèmes… et également des absences comme Internet, disparu sans justification.

Depuis que j’ai lancé ce blog, j’essaie d’être attentive aux grands thèmes qui traversent l’univers dystopique. Si certains s’imposent assez facilement comme la télé, le divertissement au global ou la biotechnologie, il est plus difficile de repérer les creux, les quasi absences. Pourtant, quand je lis certains romans récents, il y a un truc qui me turlupine : où est passé Internet ? J’en ai un peu parlé dans l’article sur la télé que je trouvais toujours trop présente parce qu’elle prend la place d’un grand absent : Internet.

Internet n'a pas de futur ?

Une disparition arbitraire ?

Evidemment, nous allons nous concentrer sur les dystopies des dernières années. Se questionner sur l’absence d’Internet dans 1984 serait complètement inutile même si on peut s’interroger sur le réseau d’information. Mais dans les romans plus récents, c’est vraiment quelque chose qui m’interroge. Ca m’avait vraiment turlupinée en lisant La sélection ou Hunger Games. J’avais du mal à comprendre la disparition d’Internet et des smartphones dans ces univers. Surtout que la télé est toujours là, elle. Je peux admettre la disparition de technologies dans un univers post apo vu qu’il n’y a même plus d’électricité. Mais un univers qui reprend de nombreux éléments de notre vie actuelle moins un sans s’en expliquer, ça me fait sortir un peu de l’histoire.

Internet n'existe plus

Même pas de dark web

Surtout que dans la vraie vie, le contrôle d’Internet est un vrai sujet. L’accès à Internet à Hong-Kong est un vrai enjeu depuis des années et crée régulièrement des tensions avec Beijing. Internet a un peu excité les imaginations dans les années 90. Comme le fameux Traque sur Internet que je n’ai jamais vu. Le dark web est souvent un outil pratique, sorte de deus ex machina qui te fournit l’élément dont tu as besoin pour faire avancer ton récit. Je ne suis pas forcément fâchée de ne pas avoir de dark web dans les dystopies. En général, sa vision dans les fictions est souvent risible. 

Le dark web
Rien que de chercher dark web sur Google Image, c’est de la poésie

Pourquoi se priver d’un outil de contestation ?

Mais Internet manque. Alors oui, il y a les réseaux sociaux dont j’ai déjà parlé et j’ai prévu un article sur les mondes virtuels façon Second life. Mais Internet me paraît être un outil incroyable de contestation et je ne le croise quasi jamais présenté tel quel. Alors dans les films, je peux comprendre qu’Internet n’est pas sexy à représenter. L’activisme de ceux qui pourraient entrer virtuellement en résistance n’est pas très télégénique. Voir des gens qui tapent sur un clavier en disant à haute voix ce qu’ils écrivent pour inclure le spectateur dans son histoire, ça crée même un effet comique involontaire. Mais on ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. Alors pourquoi les auteurs mettent cet élément de côté ? Elément que l’on a tous parfaitement intégré à notre quotidien. Et bien… parce que ça casse l’histoire.

Apprendre sur Internet

Ne pas avoir accès aux infos quand le personnage en a besoin

Revenons à Hunger Games et La sélection. Ici, les héroïnes découvrent en cours d’intrigue la vraie Histoire de leur pays et tombent un peu des nues. Si elles avaient eu accès à Internet, elles auraient pu découvrir la vérité au moment où elles commençaient à se questionner et non pas au moment où ça arrange l’autrice. Oui, Internet est une source d’information infinie. Oui, il y a des fake news mais toujours pareil : si on cherche vraiment, on trouve. Sauf si on choisit de croire une réalité alternative et s’enfermer dans des sources correspondantes, mais là… Curieusement, dans les années 90, Internet était un truc de gens qui ne croient pas la vérité officielle comme le gang des geeks paranoïaques de X-files ou First Wave. Si vous ne connaissez pas : y a des extraterrestres sur Terre et le héros a créé un média en ligne (on appelait pas ça blog à l’époque mais voyez l’idée) pour alerter le monde. Série assez marrante tellement c’est compliqué pour rien car y a Nostradamus dans le pitch aussi.

First wave

Une tension en moins

Mais le souci d’Internet, c’est qu’il y a moins de tension, moins de peur de se faire prendre puisque quand tu taquines un peu, tu peux masquer ton IP, compliquer la recherche de ton identité quand tu commences à diffuser des contenus résistants, etc. Tu peux programmer des contenus donc pas de peur d’être découvert pendant que l’on procède. On ne peut pas mettre en scène des scènes de peur, des poursuites, devoir se cacher pour échapper à la police qui nous court après…

La bicyclette bleue
(Je lis la saga de la bicyclette bleue, ça m’obsède un peu)

Une disparition qui devrait être signifiante

Parfois, j’aurais aimé lire 1984 avec la notion d’un réseau d’information relativement incontrôlable où chaque citoyen est libre de chercher ses informations ailleurs que dans les organes de presse officiels. Et de devenir lui-même son propre média. Le fait même qu’il ait été supprimé est une indication quant au contrôle de l’information. Une version alternative comme dans V pour Vendetta est un élément pour apprendre l’univers dans lequel on évolue. Je trouve donc dommage qu’on se contente de faire comme s’il n’existait pas. Car empêcher les citoyens de faire leurs propres recherches ou de s’exprimer à leur guise, c’est quand même très signifiant.

1 thought on “Internet, le relatif absent des dystopies

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *