Les Fils de l’homme : entre espoir et noirceur

Le genre dystopique offre le meilleure… comme le pire. Dans les fils de l’homme, terrible récit d’une humanité à l’agonie, on touche au sublime.

Aimer les dystopies, c’est nager en eaux troubles. Parfois, tu vas trouver un contenu original et intéressant. D’autres fois, tu vas devoir te confronter à une avalanche de clichés sans réel intérêt ou te coltiner des univers pas très cohérents. Mais quelques fois, tu vas toucher au sublime, une oeuvre qui va te marquer pour longtemps. Jusqu’à présent, j’avais décrété que mon film préféré était Snowpiercer mais voici qu’arrive un solide challenger : les Fils de l’homme.

Les fils de l'homme

Plus de bébés pour l’humanité

Commençons par l’histoire : dans un futur proche, l’humanité est frappée d’infertilité. Le dernier né, Bébé Diego a désormais 18 ans. Les fils de l’Homme commence alors que l’on apprend sa mort, poignardé par un fan alors qu’il lui avait refusé un autographe. Peu touché par la nouvelle alors que tout le monde est effondré, Theo Faron, employé de bureau, quitte le café où il était installé. Il échappe ainsi de peu à une explosion qui ravage les lieux. On apprend alors l’existence d’un groupuscule terroriste “les poissons”, qui militent pour le droit des réfugiés. Car le monde s’est totalement effondré et seul le Royaume-Uni parvient encore à tenir debout, bon gré, mal gré, attirant à lui une foule de réfugiés de tous pays.

Les fils de l'homme

Une nouvelle conception

Bref, on se confronte à un univers très sombre. Theo semble assez peu concerné par l’univers qui l’entoure. En cause : la mort de son fils Dylan, mort d’une pandémie de grippe de 2008. Mais le destin de Theo va basculer. Il est kidnappé par les Poissons, menés par son ex femme, Julian. Ils ont besoin d’un laisser-passer pour une jeune réfugiée africaine, document que Theo peut obtenir via son travail. Il accepte la mission et rencontre donc Kee, la jeune réfugiée africaine… qui est enceinte ! Theo va donc la protéger coûte que coûte pour la confier à un groupe qui oeuvre pour le renouveau planétaire . Car le bébé de Kee est extrêmement convoité et Theo doit la protéger de l’un ou l’autre des groupes ou individus auxquels ils vont être confrontés tout au long de leur périple.

Kee dans Les fils de l'homme

La grâce et l’effondrement

Comme vous l’imaginez, ce film est assez dur. Notamment la dernière partie où l’effondrement commence à toucher le Royaume-Uni. Le camp de réfugiés se transforme alors en immense champ de bataille. Le film est rarement esthétique, navigant dans un étalonnage sombre, aux couleurs fades. Quelques images ou passages ont une dimension esthétique. Mais elle servent surtout à souligner l’espoir que représente la grossesse de Kee. Ce n’est pas juste la volonté de faire une image forte de la part d’un réalisateur poseur qui miserait tout sur la forme et non sur le fond. Ce film est d’une incroyable justesse et vous met régulièrement en apnée. La scène où Kee et Theo descendent les escaliers du camp de réfugiés avec le bébé et où tout affrontement s’arrête est d’une beauté incroyable. Malgré la grisaille et la fadeur des images. La scène où Kee dévoile son ventre rond au milieu des vaches a un côté presque incongru, un peu trop hautement symbolique, et pourrait faire sortir du film. Mais non…

Les fils de l'homme

Un film qui parle de peur

Cuaron nous décrit une humanité au bord du gouffre, entre effondrement et folie, pataugeant comme elle peut dans le désespoir. Une humanité de moins en moins humaine malgré l’immense peine provoquée par la mort de Bébé Diego. Une humanité qui se replie sur elle-même au lieu de tenter de se tendre la main pour se sortir de là. Car ce film parle de la peur, pour l’essentiel : la peur de l’effondrement, la peur de l’autre. Et j’ai du mal à imaginer des élans humanistes pour échapper à l’effondrement. Y a qu’à voir nos espoirs fous d’un monde d’après pendant la pandémie… et constater avec tristesse qu’à présent que l’on reprend un peu nos vies, rien n’a changé. 

Les fils de l'homme

Récit de l’agonie de l’humanité

C’est assez rare, une écriture aussi subtile. Si Les fils de l’homme n’est pas avare en action et si l’un des antagonistes manque un peu trop de nuances à mon goût, Cuaron nous embarque dans une fuite pour la survie de presque deux heures où la fragilité du seul espoir de l’humanité, Kee, vous noue le bide à chaque fois. Les personnages sont justes, leurs objectifs facilement compréhensibles, leurs comportements cohérents. Même si la fin peut laisser sur notre faim, ce film raconte l’agonie de l’humanité avec une subtilité et une justesse si rare qu’il serait dommage de passer à côté. 

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