Quand l’espoir justifie la soumission

Dans les dystopies racontant des sociétés autoritaire, il y a le peuple, masse informe et passive. Tenu par la peur ou par l’espoir d’un lendemain meilleur.

Titre un peu grandiloquent, je l’admets. Mais je n’ai pas trouvé mieux pour résumer mon propos. A savoir la soumission d’un peuple à l’idée de lendemains qui chantent. Ou comment l’espoir de vivre une meilleure vie en renonçant à quelques libertés. J’ai eu cette idée en regardant la saison 03 de 3%. Gloria explique choisir le camp de l’autre rive car “on choisit toujours ceux qui nous donnent de l’espoir”. En voici un sujet intéressant, merci Gloria.

Gloria dans 3%

Le peuple, ce grand truc monolithique et passif

Dans les dystopies évoquant des rébellions, mes préférées, on a toujours trois grands groupes monolithiques. Les rebelles, protagonistes que nous suivons, le gouvernement ultra autoritaire et ses afficionados… et le peuple. Vous savez, cette masse un peu informe plutôt passive qui accepte la société dans laquelle elle vit même si elle est nulle parce que… ben oui, pourquoi ils font ça ? La réponse primitive est la peur. On le voit notamment dans Hunger Games. Les districts restent dans le rang, terrorisés par le sort du district 13 qui a été éradiqué et aussi par la violence des forces de l’ordre. Mais la peur est justement le moteur qui nourrit la rébellion, notamment par l’espoir d’une société plus juste et moins cruelle. L’espoir, ça marche dans les deux sens, oui.

Hunger games : le district 12

Se soumettre pour espérer une vie meilleure

Mais dans une société où la pauvreté et le dénuement rampe, est-ce que la promesse d’une vie meilleure ne fait pas ployer les têtes et faire aller les gens dans le bon sens. Je parlais de 3% et de l’autre rive, Eldorado des plus méritants. Si la justesse et l’équité de la sélection reste sujet à discussion, il n’en reste pas moins qu’ils sont nombreux à s’y soumettre en espérant de meilleurs lendemains. Et pas besoin de dystopie pour en avoir des exemples en fait. Y a qu’à voir tout le business du développement personnel et le culte de la réussite, de la méritocratie. On voit bien que, grosso modo, le capitalisme ne marche pas mais la plupart d’entre nous l’accepte car nous sommes persuadés qu’avec un peu d’effort, on aura une belle part du gâteau. On a espoir que les efforts que l’on fait aujourd’hui, notre docilité, nous apportera un meilleur lendemain.

3%, l'autre rive où l'espoir d'une vie meilleure

Accepter le jeu social pour une bonne raison

Cette forme de soumission est perverse car bien plus difficile à combattre pous nos héros. Quand une société est absurdement autoritaire, il est plus facile d’agréger des révoltés et ce malgré la peur. Parce que les citoyens peuvent aussi se battre pour leurs proches, leurs enfants. Alors que si le pouvoir autoritaire promet des lendemains heureux, toute la donne est bouleversée. C’est toute la rhétorique du Londres de Mécaniques fatales. La vie est compliquée mais dans un univers où la vie se résume à manger ou être mangé, littéralement, on fait avec. On a espoir que le prochain dîner de la ville amènera de bonnes choses, on se réjouit littéralement d’avoir triomphé de plus petit que soit. Quand la ville se retrouve à sacrifier ses ressources pour le projet délirant du Maire, ils sont peu nombreux ceux à exprimer leurs doutes. Mais l’avenir s’annonce tellement rose s’ils réussissent ce plan fou… On retrouve la même mécanique dans La Plateforme : ceux d’en bas ont l’espoir d’atterrir bien plus haut le mois suivant.

La plateforme

Se battre pour concrétiser l’espoir

Trepalium a bien mis en avant l’espoir que l’on remue sous le nez de la population pauvre qui survit plus qu’elle ne vit. Un espoir d’abord sous forme de loterie puis d’un vrai processus de recrutement. Ce dernier met en lumière à quel point le peuple pauvre est prêt à tout pour s’en sortir. Y compris l’héroïne. Autant j’ai trouvé cette série bancale sur des tas de points, autant montrer que l’héroïne n’est pas une gentille fille qui réussit à s’en sortir grâce à la pureté de son coeur, c’était une réussite. Trouver une motivation au peuple pour qu’il reste passif n’est pas mince affaire. Je ne parle pas ici des fausses utopies ou même des sociétés du divertissement qui endorment la population à coup de spectacles et l’enrobe dans un confort qui rend la vie suffisamment confortable pour ne pas chercher à se rebeller. Je parle vraiment des sociétés cauchemardesques que le gouvernement ne tient que par la promesse que des heureux élus pourront s’en sortir. Et chacun se rêve heureux élu. 

Trepalium

Comment maintenir sous le joug

Pour que le lecteur adhère au tableau qu’on lui dépeint, il est important de réfléchir aussi à cette masse informe qu’est le peuple et comment on peut la maintenir sous le joug. L’espoir paraît être un excellent moteur. Mieux qu’une addiction à la télé !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *